septembre 2009

Archive mensuelle

En canot sur les chemins d’eau du Roi

Créé par le 24 sept 2009 | Dans : Livres

En canot sur les chemins d’eau du Roi
de Jean Raspail – 2005 – Poche n° 31154
337 pages

Voici un bien curieux livre. Mon rapport à ce récit d’une aventure en canot du Canada au delta du Mississipi dans les années 50 est ambigu. Je m’en explique.

Pour cela, il faut remonter à la genèse de ce livre. Jean Raspail est un vieux routier de plus de quatre-vingts ans qui a retrouvé dans ses papiers un carnet de voyages. Au cours du périple qu’il a accompli en 1949 avec trois de ses camarades, il a pris des notes. Et soixante ans après il en fait un livre…
Personnellement, je trouve que cela pose le problème de la mémoire et de la distanciation.

Nos quatre jeunes gens, scouts de France âgés de 22 ans, ont emporté leurs tenues qu’ils ont revêtues chaque fois qu’ils ont été reçus chemin faisant. Drapeau français à l’appui. Ils ont donc, dès le départ, donné un signal et un sens précis à leur expédition.

Partis sur les traces des canotiers, l’équipe Marquette a canoté depuis Québec jusqu’aux Grands Lacs, puis a descendu le Mississipi jusqu’à la Nouvelle-Orléans .

« Notre équipe portait le nom de Marquette, une Robe noire [un jésuite], natif de Laon, en Picardie, qui parti de Trois-Rivières en 1673, en compagnie de l’explorateur Louis Joliet, découvrit le Mississipi… » : le Messachébé des indiens autochtones, mot signifiant « la Grande Eau » ou « le Père des Eaux ».

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Le père Jacques Marquette – source Wikipédia

Jean Raspail est un royaliste légitimiste dont les idées et les croyances donnent une orientation certaine au livre. A vous de savoir si cela vous dérange ou non.

Personnellement j’ai trouvé que le récit manquait, à bien des égards, de distance. Cela ne m’a pas empêché de lui trouver maints côtés intéressants.

Il m’a fait découvrir un pan de l’Histoire américaine et de l’Histoire de France que je ne connaissais pas du tout : la tentative de coloniser les territoires amérindiens et de les évangéliser au nom du Roi de France. Face aux Anglais qui poursuivaient les mêmes buts.

Il est souvent question des religieux qui oeuvraient au nom du roi Louis XIV et du Père Marquette dont la relation sert de bible à nos voyageurs. Ce célèbre jésuite donna son nom à un comté américain, au bord du Lac Michigan ; dans son merveilleux roman « De Marquette à Veracruz », Jim Harrison prend fait et cause pour les forêts de ce comté coupées à blanc.

Les jeunes gens ont suivi le trajet des équipes de canotiers qui montaient et descendaient les fleuves, les rivières, les Grands Lacs et le Mississipi pour faire du commerce au long des rives.

Nous apprenons ainsi quel fut ce dur labeur, souvent accompagné de portages pour pouvoir passer de mortels rapides qui, de nos jours, sont souvent domptés ou barrés.

Nos héros retrouvent d’anciennes pistes, vivent dans des paysages magnifiques et sauvages où les animaux, encore rois dans les années 50, viennent rendre visite à leurs fragiles campements. Aucune agressivité de part ou d’autre.

Ce qui me plaît le plus dans ce livre d’aventures c’est l’éternel respect que Jean Raspail porte aux autochtones. Ce qui m’avait séduit dans Qui se souvient des Hommes, me séduit encore à la lecture de ce livre. Qu’il s’agisse des Alakalufs, des Algonquins, des Miamis, des Kiskakons, des Illinois ou autres, qu’ils soient autochtones du grand Nord ou du grand Sud, on sent l’affection que l’auteur porte à tous ces peuples trompés, spoliés, détruits et finalement anéantis.

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Source Wikipédia
Et de nos jours, il ne faut pas être surpris si « [les Indiens] abhorrent les ethnologues, les professeurs, les journalistes, les écrivains et tous ceux qui tentent de forcer l’entrée de leur mémoire outragée. Etre considérés comme des sujets d’enquête ou d’études, ou plus simplement comme des bêtes curieuses les révulse… »marquette3.jpgsource Wikipédia

En fin de compte, quelles que soient les ambiguïtés de ce récit, je vous conseille de le lire. Voici un livre qui a de la personnalité. Appréciable par les temps qui courent, n’est-ce pas ?!

Et comme il faut savoir faire la part des choses et séparer le bon grain de l’ivraie,
A vous de la faire.

***

Salut à l’automne

Créé par le 21 sept 2009 | Dans : chroniques

Chanson d’automne

« Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone. »

« Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ; »

« Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà
Pareil à la

Feuille morte. »

(Paul Verlaine – Poèmes saturniens – 1866)

Le 1er Juin 1944, à plusieurs reprises dans la journée, « Les sanglots longs des violons de l’automne », premiers vers de ce poème désormais célèbre de Paul Verlaine furent diffusés par la BBC pour informer la résistance de l’imminence du débarquement allié en Normandie.

Le 5 Juin 1944 à partir de 21h 15 « Blessent mon coeur d’une langueur monotone » indiqua aux résistants la date précise du débarquement.

Le débarquement eut lieu à l’aube du 6 Juin 1944 .

sources
Henri Amouroux : La grande histoire des Français sous l’occupation – tome 7

***

Automne

« Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son boeuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux

« Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un coeur que l’on brise

« Oh ! l’automne, l’automne a fait mourir l’été
dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises. »

(Guillaume Apollinaire – « Alcools »
dont le titre primitif était « Eau de Vie » – 1913)

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Au Klöntalersee

Créé par le 06 sept 2009 | Dans : Randonnées

Tour du Klöntalersee
3h-3h30

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Cliquer pour agrandir la carte et « back » pour retrouver la taille vignette

La fin d’été s’annonce ensoleillée, la luminosité s’adoucit et un parfum de nostalgie commence à envahir l’atmosphère. Il fait tiède et doux, alors profitez-en.

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Le Klöntalersee (848m) se trouve à 10km de Glarus. Une petite route étroite mène au lac.

Si vous venez par le train, le car postal, vous attend à la gare de Glarus. Mais surtout n’oubliez pas de vous renseigner sur ses horaires.

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Le car vous dépose en moins de trente minutes à la pointe du lac, station Rhodannenberg, ou au terminus de Richisau (1100m d’altitude), à la porte d’une auberge de montagne sympathique où l’on mange bien pour un peu cher. De Richisau vous pouvez rejoindre Muotathal en 4h 30 en passant par le Pragelpass. Vous traverserez des paysages sauvages et magnifiques ; vous verrez maints alpages qui produisent les délicieux fromages vendus fin octobre lors du désormais célèbre marché aux fromages de Muotathal.

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Pour rejoindre la vallée de la Muota, vous pouvez soit suivre le sentier rouge/blanc de montagne, soit suivre la route peu pratiquée et très agréable. Mais arrivés au col du Pragel, empruntez le sentier de randonnée qui descend : la route serpente très longuement ; le sentier coupe court.

Revenons au bord du lac,
En partant de Rhodannenberg, je vous propose de faire le tour de ce magnifique lac, considéré comme l’un des plus beaux de Suisse. Ce n’est pas une randonnée, c’est simplement une belle balade facile de trois heures. Avec des possibilités d’arrêts fréquents pour admirer le paysage, pour pique-niquer ou se baigner.

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Si vous commencez par la gauche, vous passerez sur la digue du lac qui offre une vue globale intéressante, puis vous vous trouverez au pied d’à-pics, vous longez les Glärnisch (2543m); au bout du lac un grand camping, bien que très peuplé, donne envie de passer une nuit dans ce cadre superbe. Jusque là vous aviez suivi un sentier calme. Le retour risque d’être un peu moins agréable car il vous faudra suivre la route et marcher sur le bitume. mais, en compensation vous aurez une vue formidable sur les sommets enneigés et les bords du glacier.

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De partout vous pourrez partir pour des randonnées originales et variées.klntalersee090033resize.jpg

Il y a embarras du choix.klntalersee090035resize.jpg

Peut-être pourriez-vous prendre votre appareil photo ?…

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Terre de Feu

Créé par le 03 sept 2009 | Dans : Livres

Terre de Feu de Francisco Coloane – 1963 – Edition Phébus 2009 – 171 pages

 

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Connaissez-vous Francisco Coloane (1910-2002) ?

Jusqu’à un récent article d’André Clavel paru dans le journal suisse Le Temps, j’ignorais jusqu’à son existence.

Mais, depuis, je me suis rattrapée en lisant ce génial conteur.

Les éditions Phébus ont réuni en un seul volume trois de ses écrits : Tierra del Fuego (Terre de Feu), Cap Horn et Le Golfe des Peines.

Francisco Coloane est né en 1910 à Quemchi, petit port de pêche sur la grande île des Chiloé, dans le sud du Chili. Son père avait été chasseur de baleines et capitaine d’un remorqueur. Au cours de son existence, Francisco Coloane exercera bien des métiers : gardien puis tondeur de moutons, explorateur, chasseur de cachalots et autres éléphants de mer, capitaine d’un petit navire et, bien sûr, écrivain…

Au cours de sa longue et passionnante existence, il a croisé des ouvriers agricoles, des cavaliers solitaires, des marins et des hommes en perdition.

Il a pris fait et cause pour les alakaluf, les Tehuelche et les Ona spoliés de leurs terres.

Mais il a aussi été l’ennemi juré de Pinochet et l’ami fidèle de Pablo Neruda dont il a fait l’éloge funèbre sous la menace des mitraillettes du dictateur.

En 1920 son oncle l’ayant invité à visiter la Patagonie, il aimera cette terre et en fera le théâtre privilégié de ses nouvelles.

Sa première œuvre parue en 1941 s’intitule Le dernier mousse de la Baquedano. Le livre eut un immense succès et reste une référence dans la littérature chilienne. Au cours de sa vie, Francisco Coloane écrivit sept livres qui eurent tous la faveur du public et le consacrèrent comme meilleur écrivain chilien.

«Les hommes australs que j’avais connus autrefois étaient en général des individus peu causants, d’aspects rébarbatifs, et c’était seulement après avoir gratté minutieusement la cuirasse de leur personnalité qu’apparaissaient les natures communicatives. Je me souviens particulièrement de l’un d’eux. Un homme très grand et corpulent, chevelure rebelle et barbe blanche qui, après avoir été péon [ouvrier agricole] d’estancia, châtreur de moutons, contremaître puis marin sur le bateau-école Bequedano et enfin baleinier, a fait une pause dans ses courses sur les mers australes pour devenir le plus grand écrivain du Chili… » (Luis Sepulveda)

***

Tierra del Fuego (Terre de Feu) est une suite de 9 nouvelles époustouflantes. La Terre de Feu est un lieu d’échouage. Des hommes de toutes nationalités, caractères solitaires et sauvages viennent butter contre les flots en furie des mers australes.terredefeu4.jpg

« Ce sont des êtres frustres et silencieux, sans attaches, sans avenir, sans illusions, Ils ont l’âme délavée par la bourlingue, l’haleine poisseuse, la cervelle remplie de chimères cabossées. Et ils sont inoubliables. » (André Clavel – Nouvelles de Patagonie – article du 25 juillet 2009 – Le temps).

Il y a Julio Popper, le chercheur d’or roumain, qui s’auto proclama dans les années 1880 «roi du Paramo» (Bruce Chatwin évoquera son épopée dans «En Patagonie»). Il y a le chilote Bernardo Otey qui, lors du soulèvement ouvrier de Santa Cruz, sacrifie sa vie pour sauver ses compagnons. Et puis, la plus belle des nouvelles racontant qu’ « il arrive qu’une bourrasque vengeresse se rue sur les eaux, soulevant des vagues terrifiantes… [et que] C’est l’une des ces terribles dépressions qui détruisit impitoyablement ce qui avait fleuri à bord de la Huamblin » : l’amour du rude marin Villegas pour un petit agneau. Belle et cruelle nouvelle.

Que dire encore de Vladimir, le colosse yougoslave qui humilie implacablement le jeune Esteban qui a osé toucher les seins de sa femme ?

Dans toutes ces nouvelles, la nature semble forger des caractères pourtant déjà forts. Les paysages sont évoqués avec une telle puissance que le lecteur les voit comme si il était là-bas, à la pointe extrême du Chili. Francisco Coloane transfert sa puissance morale et physique dans ses écrits.

Fascinantes et envoûtantes nouvelles du bout du monde.

Ce grand écrivain chilien a apporté son affection et son soutien aux peuples autochtonesalakaluf4.jpg dont il fit l’éloge dans son discours d’intronisation à la Academia Chilena de Lengua en 1980.
«Nul ne sait précisément d’où vinrent ces hommes. Après avoir traversé les eaux désertes et tourmentées du Pacifique Sud, ils furent probablement les premiers êtres humains qui foulèrent ce paradis protégé par les murailles andines et par la mer. Distincts des autres aborigènes qui peuplent les régions magellanes, ils reçurent des Yaghan de la Terre de Feu l’étrange nom d’hommes de l’ouest avec des couteaux en coquillages, ce qui est la signification du mot alakaluf. Puis un jour, l’homme blanc fit son apparition sur ces rivages vierges, introduisant l’alcool et la syphilis, bouleversant l’existence des Alakaluf, qui s’obstinèrent néanmoins à conserver la coutume de trancher le cordon ombilical du nouveau-né avec un coquillage… » (Cap sur Puerto Eden, Page 129).

L’inconséquence des blancs : du déjà vu, du déjà lu.

(A lire : « Qui se souvient des Hommes… » de Jean Raspail)

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