mars 2013
Archive mensuelle
Archive mensuelle
Créé par netecrivaine le 31 mar 2013 | Dans : Livres
Le professeur
de Charlotte Brontë (1858) – 494 pages
e-book – Bibliothèque Electronique du Québec
Tout d’abord, il faut savoir que ce long roman fut publié après la mort de Charlotte Brontë survenue en 1855. Ce texte romantique, refusé par les éditeurs, reprenait pour l’essentiel son expérience de 1843 lors de son séjour à Bruxelles, au collège Héger.
Cette même expérience d’enseignante était déjà parue sous le titre de « Villette » en1853. Sans grand succès.
Texte romantique et romanesque. William Crimsworth, fils de bonne famille et ancien d’Eton devient professeur dans un collège belge. Dans le Bruxelles de cette époque-là « l’instruction est très bon marché à cause du grand nombre de professeurs que l’on y trouve.
Il enseigne l’anglais à des jeunes filles de la bonne bourgeoisie belge et fait à ce propos une analyse dure et relativement cynique. A ses yeux, l’adolescente type lui paraît d’une « impudente coquetterie et d’un manque absolu d’égards pour les professeurs, d’indulgence pour ses compagnes ; un égoïsme ardent à satisfaire ses désirs et un complet oubli des besoins et de l’intérêt des autres… » En fait, William n’est que le porte-parole de Charlotte Brontë.
Il est amené à donner également des cours dans un autre collège pour jeunes filles ; celui ci est dirigé par Mademoiselle Zoraïde Reuter, femme énergique, jalouse et hypocrite. C’est dans ce collège qu’il va rencontrer une jeune fille remarquable : le professeur de travaux manuels dont le travail consiste essentiellement à apprendre aux jeunes filles à réparer les précieuses dentelles locales. Les dentelles de Bruges et de Bruxelles étaient célèbres. Cette jeune fille, Frances Henri, suit les cours d’anglais par dérogation de la directrice. Elle se montre rapidement douée et très travailleuse. Les héros tombent amoureux, mais l’histoire n’est pas finie. Je ne vous raconterai pas la suite , à vous de la découvrir.
exemple de dentelle de Bruxelles
(source Wikipédia)
Ce qui est intéressant dans ce livre, ce sont les surprenants coups de griffe dirigés contre les belges et plus particulièrement les brabançons : ils « ont en général une faible intelligence et un corps vigoureux ; il en résulte une impuissance réelle à combattre la force d’inertie qui est dans leur nature… ils sont entêtés, lourds comme du plomb et, comme du plomb, difficiles à mouvoir ».
Mais les anglais ne sont pas plus épargnés : ils « surpassent en folie tous les peuples de la terre et sont plus esclaves des usages, de l’opinion du monde et du désir de garder une certaine apparence. »
Aller ensuite proposer ce roman à des éditeurs me semble être une gageure. Leur refus paraît inévitable en cette période victorienne rigide, fière de son empire et de ses éventuelles qualités.
Donc, ce qui est intéressant dans ce roman, c’est l’avis de Charlotte Brontë (tantot William, tantot Frances) sur la société, l’éducation et l’ascenseur social. L’amour est le petit noeud rose qui entoure ces constatations acidulées. Intéressant, vous dis-je.
*
Créé par netecrivaine le 11 mar 2013 | Dans : Livres
Le Mystère des Jonquilles d’Edgar Wallace
1931 (édition originale 1920) – traduction Alix Naville
Bibliothèque Numérique Romande
www.ebooks-bnr.com
Pourquoi toujours lire les romans, études, nouvelles, policiers à la dernière mode ? Pourquoi se contenter du tam-tam qui résonne dans le landerneau intellectuel en vogue ? Essayez donc de lire Edgar Wallace. C’était il y a près d’un siècle et demi, mais vous serez conquis j’en suis certaine. L’attention passionnée que l’on porte à ses thrillers est tout à fait d’actualité, moderne.
Tout d’abord, connaissez-vous Richard Freeman dit Edgar Wallace (1875-1932) ? C’est l’Amélie Nothomb du roman policier… et autres. C’est la prolixité et le talent. Tout à la fois.
Il commença par être journaliste au Daily Mail. Renvoyé du journal, il se lança dans l’écriture et créa un nouveau genre : le « thriller » à l’anglaise. Il eut beaucoup de succès. Sa prolixité le conduisit à produire 170 ouvrages en 27 ans.
Voici donc l’histoire de Thornton Lyne, commerçant richissime. Il est découvert assassiné dans Hyde Park, une chemise de nuit de femme enroulée autour de sa poitrine, des pantoufles de feutre aux pieds, une inscription chinoise dans sa poche et un bouquet de jonquilles sur ses mains jointes.
Les soupçons se portent sur la jeune et jolie Odette Rider ; employée de Thornton Lyne, elle vient de repousser ses avances. Ne trouvez-vous pas la suspicion trop évidente ? Moi, si.
Mais Jack Tarling, fin limier de Scotland Yard, va éclaircir le mystère.
Tout comme ses autres intrigues policières, ce roman de Wallace est léger comme une bulle de champagne. Il se lit avec plaisir et intérêt. En cas de fatigue, de stress, de soucis, c’est un excellent traitement. Et mieux vaut un bon livre qu’un médiocre médicament.
Ce livre appartient pleinement à la littérature, ce n’est pas un « polar ». Si la langue est soignée, la traduction l’est également. Pas de vulgarité, pas de grossièreté. Un style très « british », très plaisant. Une recette de longévité ?
*
Créé par netecrivaine le 10 mar 2013 | Dans : Non classé

Antonio Canal dit Canaletto
Vue du canal de Santa Chiara à Venise
vers 1730-1735
Un célèbre petit musée se trouve dans la rue Elzévir, au coeur du Marais parisien : le musée Cognac-Jay.
Il est situé dans une très courte rue derrière le musée Carnavalet et le lycée Victor Hugo. On ne peut l’atteindre qu’en se promenant. Le musée regroupe certaines des oeuvres qu’Ernest Cognac (1839-1929) et sa femme Marie-Louise Jay (1838-1925) ont acquis au long des années. Ernest Cognac est le fondateur des grands magasins, aujourd’hui fermés et laissés apparemment à l’abandon : La Samaritaine. Ce magasin avait une annexe appelée « la Samaritaine de Luxe » située boulevard des Capucines, tout près de l’Opéra Garnier. C’est là que furent rassemblées les collections Cognac-Jay lorsque le magasin cessa ses activités. En 1981, le musée dut déménager pour l’hôtel Donon, dans le quartier du Marais, où il demeure toujours. Médéric Donon était le contrôleur des bâtiments d’Henri III.
L’Hôtel Donon, construit dans le dernier quart du 16ème siècle, est l’écrin idéal. Une demeure de la Renaissance classique pour des oeuvres du 18ème siècle, un siècle classique et si artistiquement harmonieux. Etroite demeure, vous monterez les 4 étages sans même vous en apercevoir. Jusqu’aux magnifiques combles consacrées aux terres cuites de Clodion et aux biscuits et qui, si vous levez la tête, vous montreront leurs splendides poutres d’origine. La charpente est la création de l’architecte d’Henri II, Philibert Delorme.
Porcelaine de Meissen
Femme portant un faucon, 1746
Après avoir admiré quelques belles pièces, le niveau II expose de petits meubles ainsi que de très belles porcelaines de Meissen. Ce ne sont pas des services de table, mais les célèbres figurines si fines et si colorées.
Quelques belles toiles ornent les murs de cet étage dont des Guardi et des Canaletto. Boucher y est également représenté .
François Boucher, fille de l’artiste
Quelques marches encore dans cet escalier typiquement étroit et vous vous trouvez au niveau III, qui était sans doute l’étage des appartements privés de Médéric Donon. On y trouve un imposant lit à baldaquin attribué à Georges Jacob et ayant appartenu à la fille de Louis XV. A côté un Cabinet est consacré à ces délicieux tableaux de Fragonard, légers, légers. Charmants. Puis, toujours au même étage une salle consacrée à la peinture anglaise. Et enfin, un grand salon décoré et organisé comme au musée Nissim de Camondo. Comme si le propriétaire allait revenir boire son café et lire.
Claude Michel dit Clodion
Bacchante, terre cuite
Et au sommet ce merveilleux endroit dont je vous ai parlé. Par les fenêtres vous aurez un aperçu de ce qu’est une construction de l’époque avec une vue sur la totalité du bâtiment et de la cour. Il y a également un petit jardin.
*
Créé par netecrivaine le 02 mar 2013 | Dans : Livres
Notes de Route
Maroc – Algérie – tunisie
de
Isabelle Eberhardt – 1908
la bibliothèque numérique romande – www.ebooks-bnr.com
J’avais souvent entendu parler de cette femme originale et féministe avant l’heure qui « éprouvait la sensation délicieuse de liberté, de paix et de bien-être qui… accompagne toujours le réveil au milieu des spectacles familiers de la vie nomade. »; je ne l’avais jamais lue. Cette lacune est heureusement comblée.
Ces Notes sont, en fait, un ensemble de textes réunis en 1908 – 4 ans après la mort d’Isabelle Eberhardt (1877-1904) – par Victor Barrucand propriétaire et directeur du journal algérien Al Akhbar (1902-1934) auquel elle collabora.
*
»Sahel » signifie « littoral ». Et une partie des notes est consacrée à la côte Est qu’Isabelle Eberhardt parcourt pour le compte de son journal.
Elle en fait une description automnale idyllique ; la nature y est nimbée de calme et de beauté. Là où « les lauriers-roses étoilés de fleurs » envahissent le paysage, 0ù la mer est « calme et violette » et les « caps dentelés d’un vert tendre, sur l’azur lilacé ». Nous sommes bien loin des révoltes et grondements politiques actuels. D’hammamet à Sousse « la Perle du Sahel » ce ne sont que d’immenses oliveraies et on respire à Sousse l’odeur écoeurante des huileries.

Les remparts de Sousse – photos linternaute – Gérard Mignon
Plus on descend vers le sud plus les visages sont rudes et burinés : ce sont surtout les pêcheurs. Et partout « des coins de chaux blanche, des murailles en ruines, des rochers sablonneux et des silences lourds ». L’intérieur des terres est le domaine exclusif des paysans.
Partout le peuple est pauvre. Habillée comme toujours en homme, et faisant illusion, elle accompagne deux mois durant différents Seigneurs locaux venus percevoir l’impôt sur la capitation que payaient les paysans. L’accueil est bien sûr toujours hostile. C’est une taxe scélérate et… »à chaque instant…des cris éclatent, formidables, avec la véhémence soudaine de cette race violente. » C’est le Moyen-Age au milieu de la beauté. Et Isabelle doit en faire un article.
L’auteur est enthousiaste, sensible à la splendeur et à la poésie des lieux. Elle nous fait partager son bonheur. Et l’on se plaît à imaginer ce que fut ce pays magnifique au début du XXème siècle. Ce n’est pas difficile tant Isabelle Eberhardt a un pouvoir d’évocation. Son amour des paysages traversés transparaît ; elle nous le transmet à travers des mots simples et colorés. La couleur est omniprésente dans ses écrits. Les rose, lilas, violet et pourpre dominent. L’éclat du soleil triomphe. La blancheur des maisons éclate.
*
D’autres pages, une autre année, et l’atmosphère est tout autre.
C’est l’automne en Algérie, au sud est, à 620 kilomètres d’Alger. Isabelle Eberhardt exprime sa tristesse, son sentiment d’abandon et de solitude extrême majorés par la grisaille de l’automne. Elle semble déprimée, avoir des angoisses de mort et éprouver une immense nostalgie. Elle a perdu sa mère trois ans auparavant. Elle est seule.
Les paysages partagent sa mélancolie : « Automne, hiver, printemps, été, tout se confond et passe uniformément sur les solitudes mortes des dunes, éternellement pareilles, à travers le silence lourd des siècles » et puis « le silence et la solitude, tout cela ne changera jamais. »

Le Sahara algérien – source : Benoit Saurel.voila.net
Néanmoins, la vie renaît après la chaleur accablante de l’été. Les hirondelles reviennent, tandis que les couleurs tendent vers le gris fuligineux, les ocres et le blanc.
Elle est jeune : elle n’a que 24 ans.
Elle semble naturellement intégrée dans le paysage et la population dont elle a une connaissance intuitive parfaite. Palmeraies, jardins ombrés, désert ou dunes : elle les aime et les admire en artiste. Elle peint avec ses mots. Et aussi de peindre les chameliers, les soldats, les légionnaires les autochtones et leurs femmes.Peintures réalistes.
Ces textes sont également une ode à la beauté du Sahara à qui elle dédit sa liberté et ses rêves car « rien ne saurait égaler en splendeur et en mystères les nuits de lune dans le désert de sable ». Cette même passion animera Théodore Monod (1902-2000) et le Père de Foucauld (1858-1916). A l’instar de ces deux hommes, elle en retire une sagesse et une philosophie de la vie.
Ses écrits, je ne sais pourquoi, m’ont fait penser à ce beau film qu’est « Des hommes et des dieux ». Je ne puis que comparer la sérénité et la quiétude du début du 20ème siècle avec la violence née de la colonisation. Cette violence continue d’agiter ces peuples nobles et fiers pour de nouvelles raisons. Factuelles.
Pour conclure, je dirais que c’est un livre délicieusement poétique et désuet. Un monde englouti y est évoqué. Comme avec les écrits de Pierre Loti, nous nous réfugions dans ces pages douces et amères et nous nous enroulons avec délectation autour d’un passé révolu.
*