Le professeur
de Charlotte Brontë
  (1858) – 494 pages

e-book – Bibliothèque Electronique du Québec

Tout d’abord, il faut savoir que ce long roman fut publié après la mort de Charlotte Brontë  survenue en 1855. Ce texte romantique, refusé par les éditeurs, reprenait  pour l’essentiel son  expérience de 1843 lors de son séjour à Bruxelles, au collège  Héger.
Cette même expérience d’enseignante était déjà parue sous le titre de « Villette »  en1853. Sans grand succès.

Texte romantique et romanesque. William Crimsworth, fils de bonne famille et ancien d’Eton devient professeur dans un collège belge. Dans le Bruxelles de cette époque-là « l’instruction est très bon marché à cause du grand nombre de professeurs que l’on y trouve.
Il enseigne l’anglais  à des jeunes filles de la bonne bourgeoisie belge et  fait à  ce propos  une analyse dure et relativement cynique. A ses yeux, l’adolescente type lui paraît d’une « impudente coquetterie et d’un manque absolu d’égards pour les professeurs, d’indulgence pour ses compagnes ; un égoïsme ardent à satisfaire ses désirs et un complet oubli des besoins et de l’intérêt des autres…  » En fait, William n’est que le porte-parole de Charlotte Brontë.

Il est amené à donner également des cours dans un autre collège pour jeunes filles ; celui ci est dirigé par Mademoiselle Zoraïde Reuter, femme énergique, jalouse et hypocrite. C’est dans ce collège qu’il va rencontrer une jeune fille remarquable : le professeur de travaux manuels dont le travail consiste essentiellement à apprendre aux jeunes filles à réparer les précieuses dentelles locales. Les dentelles de Bruges et de Bruxelles étaient célèbres. Cette jeune fille, Frances Henri, suit les cours d’anglais par dérogation de la directrice. Elle se montre rapidement douée et très travailleuse. Les héros tombent amoureux, mais l’histoire n’est pas finie. Je ne vous raconterai pas la suite , à vous de la découvrir. 

Le professeur dans Livres 180px-royal_lace_detailexemple de dentelle de Bruxelles
(source Wikipédia)

Ce qui est intéressant dans ce livre, ce sont les surprenants coups de griffe dirigés contre les belges et plus particulièrement les brabançons : ils « ont en général une faible intelligence et un corps vigoureux ; il en résulte une impuissance réelle à combattre la force d’inertie qui est dans leur nature… ils sont entêtés, lourds comme du plomb et, comme du plomb, difficiles à mouvoir ».

Mais les anglais ne sont pas plus épargnés : ils « surpassent en folie tous les peuples de la terre et sont plus esclaves des usages, de l’opinion du monde et du désir de garder une certaine apparence. »

Aller ensuite proposer ce roman à des éditeurs me semble être une gageure. Leur refus paraît inévitable en cette période victorienne rigide, fière de son empire et de ses éventuelles qualités.

Donc, ce qui est intéressant dans ce roman, c’est l’avis de Charlotte Brontë (tantot William, tantot Frances) sur la société, l’éducation et l’ascenseur social. L’amour est le petit noeud rose qui entoure ces constatations acidulées. Intéressant, vous dis-je.

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