En 2009, j’avais écrit une chronique relative au petit musée de la laiterie dans le Toggenburg. Voici, en quelque sorte, une suite à cette chronique.

Je suis allée visiter un merveilleux musée : celui du village d’Urnäsch à 10kilomètres environ d’Appenzell, au pied du massif du Säntis (2502m), la plus haute montagne de la région. Ce musée créé en 1976 se nomme Museum für Appenzeller Brauchtum. C’est un bijou qui occupe trois anciennes maisons toute de guingois. Les pièces aux plafonds bas et petites fenêtres abritent des trésors mis en valeur comme nulle part ailleurs. Même les escaliers étroits exposent des richesses. Et sur trois étages ce ne sont que merveilles et raretés.

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On trouve quelques aspects de vieux métiers de l’Appenzell allant du bourrelier avec les ceintures, les bretelles, les courroies rebrodées au forgeron en passant par l’atelier du boissellier qui confectionne les récipients nécessaires à la fabrication du beurre et du fromage.

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« Montre-moi ton seillon et je te dirai d’où tu viens ». Cet adage, pour surprenant qu’il soit, est néanmoins exact car les formes de base des récipients différaient d’un endroit à l’autre. A l’ouest du Gothard on utilisait des seaux ronds, portés au moyen d’un orifice percé dans une douve allongée dans lequel on passait un bâton. A l’est du Gothard on préférait une anse en bois mobile.

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Ce sont les appenzellois qui transformèrent ces humbles objets usuels en véritables oeuvres d’art. On suppose que les boisselliers de Werdenberg et du Toggenburg furent les premiers, au 18ème siècle, à sculpter les ustensiles de laiterie qu’ils vendaient sur les marchés de la région. Les boisseliers appenzellois suivirent et élaborèrent, jusqu’au milieu du 19ème siècle, un style personnel très sophistiqué. Ces artisans portent le nom de Weissküfern -boisselliers blancs – à cause du type de bois travaillé : l’érable, l’arolle, l’épicéa, le pin, le sapin et le sycomore.

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Dans le courant du 19ème siècle on commença à fixer au fond du seau un disque de bois ou de carton peint montrant les premiers rangs de la montée à l’alpage. Le pâtre (armailli en pays romand) est en habit de fête. Ce fond (Bödeli) est fixé uniquement pour  l’inalpe. L’armailli porte le seillon sur l’épaule gauche de manière à ce que les spectateurs puissent en  admirer le fond.

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A la fin du 19ème siècle ces merveilles furent progressivement remplacées pour des raisons économiques et d’hygiène par des seaux en métal puis en plastique. De nos jours les machines industrielles si efficaces ont relégué cet art paysan au rang de reliques juste assez intéressantes pour figurer dans les musées.

Néanmoins j’ai trouvé encore deux Weissküfern dans le Toggenburg. L’un se trouve à Stein et travaille à domicile. L’autre Weissküfer réputé se trouve sur la route entre Nesslau et la Schwägalp. Il fait un très beau travail et l’on peut trouver dans son magasin de magnifiques articles dont le seul inconvénient est le prix. La Weisküferei produit des cadeaux très prisés et des ustensiles, sur commande, pour la montée à l’alpage des paysans traditionalistes.

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Mais, la visite n’est pas terminée,
Car Urnäsch est un village célèbre dans toute la Suisse pour l’une des plus fascinantes coutumes du Nouvel-An les Silvesterkläuse. Certains paysans sortent en groupes le 31 décembre et aussi le 13 janvier (date de l’ancienne Saint-Sylvestre) parés de mousses, de lichens (les Naturels) ou de branchages de sapins, de houx et de fougères les faisant ressemblés à des arbres (les Sauvages), d’autres se déguisent en femmes à fortes poitrines et arborent des masques aux couleurs pastel avec de belles joues bien roses(les Beaux). Et ces trois groupes forment ensemble les Klaus.

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Les Beaux portent des coiffes absolument splendides qui demandent des heures de travail et représentent des instants de la vie quotidienne des paysans locaux.Ce sont certaines de ces coiffes que l’on peut admirer à l’étage qui leur est consacré.

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Ces anciennes coutumes ne furent pas du goût de tout le monde même si, à l’heure actuelle ces festivités attirent un nombre considérable de spectateurs. En 1836 l’ »Appenzeller Zeitung » les qualifiaient de « vestige d’une époque barbare ». En ce début de 21ème siècle où chacun tend à rechercher et retrouver ses racines, ces joyeuses fêtes ont le goût doux-amer de la nostalgie.

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Sources:
- Coutumes et fêtes suisses, l’almanch
Editions Mondo 1995

- L’art populaire suisse. Editions Mondo 1997.

Weissküferei : Werner Stauffacher – Weisskeferei im Riet, an der Schwägalpstrasse – 9651 Ennetbühl -
Tel : 071-994-10-53

 

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