ESTIVE de Blaise Hofman

Prix Nicolas Bouvier
au Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo 2008

Editions Zoe – Poche n° 49 – réédition 2011 – 204 pages – 12.- CHF

lachongrin.jpg

Alors que se déroule le Festival Etonnants Voyageurs de cette année 2011, j’ai enfin pu me procurer le livre de Blaise Hofman. Je n’ai pas été déçue, j’ai même été envoutée par le récit de son estive dans le canton de Vaud. En 2006, il a été moutonnier au Pays d’En haut (près du lac de l’Hongrin) et aussi au pied de la Tour d’Aï. Il raconte son quotidien très souvent rude et décevant. Il raconte son quotidien sauvé, tout aussi souvent, par l’enchantement que procurent la lumière, la splendeur des montagnes et la beauté des nuages. »Quand il pleut en montagne, on se sent un peu seul. Quand soudain le ciel se dégage, on comprend – c’est si beau – pourquoi on était là, seul, en montagne. »

Il nous parle de ses difficultés de berger débutant, lui qui n’a aucune formation en ce domaine et ne possède qu’un livre sur la question et les quelques conseils de Robert, autre moutonnier. Il nous parle également de complicité et d’entraide.

Il procède par touches. Remarques douces amères sur la condition de ces bergers qui passent environ quatre mois  sur des alpages isolés et reculés, qui vivent chichement de pain, de fromage et d’alcool pour tuer le cafard qui leur trotte dans la tête.  Labeur quasi incessant  payé 1.500.- CHF par mois.

Blaise Hofman démystifie ce métier qui, à ses yeux n’en est pas un. Il égratigne l’image romantique que les gens des vallées et des villes se font de ce travail.

Le berger est otage du climat. Pluie, brumes et froid peuvent durer plusieurs jours, voire une dizaine de jours. Tout est humide, au pire tout est trempé. Il n’y a plus qu’à attendre. Le soleil qui revient peut être ardent, alors les bêtes souffrent de chaleur et de soif.  Mais pourquoi ces hommes font-ils donc ce travail ? certains sont « appelés » par la vocation de moutonnier, d’autres n’ont pas d’autre choix pour vivre, comme Stefan le polonais qui chaque année revient en Suisse pour plusieurs mois puis retourne auprès de femme et enfants. Le pécule amassé lui permet de vivre en Pologne durant huit mois.

L’écrivain jette un oeil critique sur notre humanité, considérant que « sur son petit lopin de terre, l’homme se débat au milieu des éléments, cherche à imposer ses quelques décennies à des roches vieilles de millions d’années, s’agite si fort qu’on ne voit que lui, qu’on ne parle que de lui, qu’on n’écrit qu’à son adresse ».

Il est également question de botanique, des militaires de la région, des beuveries au café du village, des clôtures, des éleveurs, d’inalpe et de désalpe. Celle de Château-d’Oex donne lieu à une grande fête annuelle qui fait la joie des badauds ravis. La désalpe « sert de prétexte à une fête incontournable du folklore alpin, une beuverie gargantuesque qui recrute ses fidèles loin à la ronde. » mais ces fêtes populaires « aident à franchir des étapes. La désalpe marque le début de la fin. L’estive est en passe de joindre les deux bouts. » L’automne arrive et les premiers frimas ne sont pas loin. La montagne retourne à son silence et les hommes à leur vallée.

J’ai aimé ce livre aux chapitres courts, aux phrases brèves servies par un vocabulaire précis qui s’enfoncent dans l’esprit comme des poinçons. Blaise Hofman ne triche pas. Il nous fait part de ses réflexions – non conventionnelles – sur la vie et le monde qui l’entoure. L’estive est un livre profondément honnête qui mérite que l’on s’y arrête pour réfléchir.

***