Journal de l’abbé MUGNIER

1879-1939
Editions du Mercure de France – 1985 – 618 pages

mugnierredim.jpg

Je voudrais vous parler de ce livre d’une grande richesse et d’un intérêt certain que vous soyez catholique ou non.

Ce livre présente trois aspects :
- Tout d’abord il est le livre de bord de la société aristocratique de cette époque. Très curieusement, cet abbé simple, modeste et sans prétention aucune s’est trouvé être le confesseur des dames du Faubourg Saint-Germain à Paris, lieu de résidence privilégié d’une classe encore très fortunée bien que sur son déclin. Les secrets de la confession ne sont certes pas trahis, mais le journal relate les rencontres et discussions lors des déjeuners et dîners auxquels l’abbé était quotidiennement convié. De grands noms de la société civile s’y côtoient. La politique, la littérature et l’art s’entremêlent dans des joutes remarquables. Voici donc un témoignage historique de première main.

- Second aspect de ce livre : l’abbé Mugnier nous parle de ses rapports souvent tendus avec sa hiérarchie et critique l’Eglise. Critique constructive car l’abbé est très en avance sur son temps. Il nous livre ses réflexions empreintes de tolérance et de sagesse sur la religion.

- Enfin, et c’est pour moi l’aspect le plus important de ce livre : nous sommes face à une formidable histoire littéraire. Littérature en cours d’élaboration. Les œuvres pas à pas.
Au cours de sa vie, l’abbé Mugnier va rencontrer un grand nombre d’écrivains de son temps tels : Huysmans le grand écrivain « spiritualiste et catholique », auteur de « A rebours », Paul Valéry, Marcel Proust, la poétesse Anna de Noailles, Maurice Barrès, Paul Morand, André Gide, Jacques et Raïssa Maritain convertis et prosélytes, Paul Bourget à l’humour dévastateur. De nombreux autres sont présents dans ces mémoires. Rencontrés ou lus, ces écrivains forment une véritable pléiade.

Lecteur passionné l’abbé rend compte de ses lectures ; il est un excellent critique littéraire. Sensible et honnête.

Sur ses vieux jours, devenu quasiment aveugle, il aura toujours une lectrice et continuera de vouer un culte passionné à la  littérature.

Il se désespérait de ne pas avoir été écrivain. Il pensait n’avoir aucun don pour l’écriture.  Mais, sans le savoir, il nous livre une œuvre littéraire de première importance, écrite dans un français limpide et chaleureux. Lectrice de ces mémoires, je fus captivée et n’ai eu de cesse de terminer – à regret – ce merveilleux livre. Si riche est ce « journal » que je le relirai sans doute plusieurs fois, comme je le fis pour le « journal » d’André Gide. 

***