LE BAL
d’Irène Némirovsky – 1928
Editions Grasset – Les Cahiers Rouges – 120 pages

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Voici encore un merveilleux petit livre qu’Irène Némirovsky écrivit lorsqu’elle avait 25 ans. Ecrit d’un seul trait, ce court roman fut chaleureusement accueilli par la critique. Le style est précis, incisif et la langue d’Irène Némirovsky atteint sa cible en plein coeur, le nôtre.

Les Kampf sont des nouveaux riches, c’est-à-dire d’anciens pauvres, qui ont conservé leurs manières de gens ordinaires sur lesquelles ils ont plaqué des comportements prétentieux et arrogants. Si bien que le vernis craque régulièrement laissant apparaître les dessous vulgaires des personnages et l’on entend Madame Kampf dire, par exemple, à son mari : « Dis donc renvoie le larbin, il me gêne… ».

Le couple a une tout jeune fille de 14 ans nommée Antoinette. C’est une adolescente méprisée et mal aimée soumise à des pressions sociales absurdes.

Un jour, Rosine Kampf, ancienne dactylo, et son époux Alfred, ancien employé boursicoteur , décident d’organiser un bal somptueux dans leur hôtel particulier. Ce bal marquera leur succès, leur apogée.

Antoinette, romanesque comme toutes les jeunes filles de son âge, se réjouit à l’idée de se parer, de danser et de rencontrer des jeunes gens.

Mais, elle n’ira pas au bal…

Selon l’oukase de sa mère, l’adolescente devra passer la soirée et la nuit dans la lingerie. Le local est exigu. Frustrée, Antoinette se sent également rabaissée au rang de servante.

Sous le coup de la révolte et du désespoir, Antoinette saisit une opportunité de se venger. La vengeance devient terrible et irrémédiable «mais Antoinette n’était pas touchée ; elle ne ressentait rien d’autre qu’une sorte de dédain, d’indifférence méprisante.»

Ce court roman dépeint le comportement des parvenus avec férocité et humour.

Mais, il est surtout une fine analyse de la solitude de l’enfant aux portes de l’adolescence. Et tout le monde sait combien cette période de la vie peut être douloureuse.

A l’époque, très rares sont les textes qui évoquent la difficulté d’être adolescent. Ce terme qui existait pourtant depuis le XIIIème siécle n’était, d’ailleurs,  que très rarement employé. Un silence qui était presque une négation.

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