Rites d’Automne de Dan O’Brien
1988 – première traduction 1991 -
Editions Au diable Vauvert – 294 pages

 

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Il est des livres comme des films. Parfois, on voudrait ne pas en sortir et se lover ainsi dans la magie des mots ou des images. Tel fut le cas pour le passionnant livre de Dan O’Brien.

J’ai traversé les Etats-Unis sur 8.000 kilomètres au long de quatre mois virtuels. Invisible, j’étais dans le pick-up aux côtés de Dolly le faucon pèlerin, en compagnie des chiens Jake et Spud.

Et, moi qui déteste l’idée même de chasse ou de pêche, j’ai progressivement pu imaginer, comprendre et accepter que l’on tue pour dîner le soir à la lueur d’un feu de camp. La puissante arme de chasse qu’est le faucon pèlerin s’attaque naturellement et depuis la nuit des temps  au tétras, au colvert, au colin ou au canard pilet pour se nourrir.
Dan O’Brien, Erney -  son complice – et Dolly partagent la même nourriture.
Le comportement – in situ – du scientifique s’explique et se justifie.

Tuer pour se nourrir, tuer le strict nécessaire et ne pas gaspiller inutilement des vies. Les animaux observent cette règle. Notre espèce s’y refuse.

Qu’y a-t-il de plus odieux que les étals de charcuterie ou de boucherie débordant de viandes de toutes sortes, ces chairs au bord du pourrissement que les magasins « ré-emballent » en toute impunité avec des dates de péremption nouvelles et des prix cassés ?

« A long terme, bien sûr, nos débats intellectuels sur la dichotomie entre l’écologie et la consommation destructive seront obsolètes : la Terre nous survivra. »

 Durant quelques années Dan O’Brien a travaillé à la réintroduction du faucon pèlerin dans les montagnes Rocheuses pour le compte de la Peregrine Fund Inc., association à but non lucratif créée en 1970.

En 1986, une dernière réintroduction échoue lamentablement. Trois des quatre faucons sujets de la dernière expérimentation sont mortellement blessés par des aigles royaux. Seule la femelle Dolly survit à ce massacre, pourtant inscrit dans la nature.

Révolté, Dan O’Brien décide d’apprendre à Dolly à retrouver son essence-même, sa sauvagerie naturelle et  devenir un faucon pèlerin libre, apte à se nourrir.

Il va ainsi lui montrer la route migratoire vers le Golfe du Mexique. Il accompagne Dolly et nous les suivons.  De  rivières en étangs,  des Grandes Prairies aux plaines brûlées, par monts et par vaux, Dolly et O’Brien poursuivent leur rêve de liberté.

L’écrivain biologiste nous entraîne dans ce périple initiatique au cours duquel il nous livre certains de ses choix personnels :

« Si l’on faisait abstraction des quelques clôtures et des poteaux électriques, nous aurions pu vivre un siècle plus tôt. Le paysage offrait une vue infinie. La vieille maison branlante se nichait au cœur des grandes prairies d’Amérique ». C’est chez lui, au pied des Black Hills du Dakota.

Il nous livre également ses remarques sur la nature des  hommes ; elles sont empreintes d’amertume

« Et pourtant, nous persistons. S’appuyant sur la première page de la Bible qui déclare l’homme supérieur à tout ce qui l’entoure, les humains ont investi le Llano avec l’ordre divin d’en assujettir les sols. Poussés par la croyance que la terre fut créée pour leur unique consommation, ils luttent contre la Nature depuis le commencement ».

… et teintées de désillusion :

« Nous refusons de regarder en face le fait que notre capitalisme engendre le matérialisme et la dynamique glaciale de la surpopulation humaine. ».

« Rites d’automne » est l’oeuvre d’un homme modeste et compétent. De lecture agréable grâce à un style simple, direct et efficace, ce livre aux multiples observations et fines remarques est une source de réflexion pour chacun d’entre nous. Il ne peut nous laisser indifférent.

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