J’ai oublié d’aller en Espagne de Jim Harrison – 2000
10/18 domaine étranger – 115 pages

Remarque préliminaire importante : cette nouvelle est la troisième composant « En route vers l’Ouest ».

Le narrateur a écrit suffisamment de « biocompactes » d’hommes en vue pour avoir engrangé célébrité et 2 millions de dollars. Sa sœur Martha lui sert de documentaliste et son frère Thad, chargé de la gestion de cette petite entreprise littéraire passe beaucoup de temps en relations publiques et dépenses somptuaires.

Le « héros » ou plutôt notre anti-héros, âgé de 57 ans, est en crise. Un état proche de la crise d’adolescence, mais à retardement.
Marié 9 jours avec Cindy, il sont divorcés depuis 30 ans. Il décide soudain de revoir son ex… et peut-être, ensuite, aller en Espagne.

Tout au long de cette nouvelle, nous assistons à un aller-retour entre présent et passé, entre souvenirs d’enfance et désenchantements d’adulte.

Les personnages sont tous bizarres, paumés et déjantés. Ils sont sympathiques. Le narrateur n’a pas de prénom. Ce pourrait être vous ou moi.

Ce quinquagénaire qui écrit des biographies à succès souhaitait devenir un véritable écrivain. « Moi qui ai toujours cru que tu serais un noble poète, un poète noble et pauvre vivant en Espagne. » disait la jeune Cindy.

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Las Ramblas , Barcelone

Car, en plus d’être écrivain, il rêvait de visiter l’Espagne :
« De fait, l’Espagne avait constitué mon obsession majeure à l’époque de notre mariage de 9 jours, mais lorsque j’ai disposé des fonds et de la liberté nécessaires à ce voyage, j’ai oublié d’aller en Espagne. » (p.269)

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Barcelone

Entre nos rêves et la réalité il y a une fosse abyssale au fond de laquelle tombent nos illusions et nos projets. C’est la vie quotidienne et ses compromissions. De quoi être mal dans sa peau.

En fin de compte, ira-t-il ou n’ira-t-il pas en Espagne ?

Cela pourrait être une nouvelle triste ou déprimante tant on s’y retrouve. Mais, pas du tout : comme toujours chez Jim Harrison, le ton est incisif, impertinent et l’humour à chaque coin de page. Petit avant goût :

« Je me suis senti ému en traversant un vieux quartier de Bloomington, surtout parce que les professeurs d’université ne sont pas d’une vénalité aussi hystérique que les autres citoyens américains. Ce sont des gens grincheux qui ne regardent pas la télévision et qui se tiennent à distance de la culture populaire. Lors des visites que je leur rends parfois, je suis charmé par leur indifférence laconique envers la plupart des affaires courantes, qui relèvent le plus souvent du ragot alambiqué.»(p.340)

Pas du tout politiquement correct, Jim Harrison.
C’est ce que j’aime.

Ira-t-il ou n’ira-t-il pas en Espagne ?

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