Les bisons de Broken Heart – Dan O’Brien
Folio n° 4903 – 2007 – 429 pages

Je ne sais pas vraiment comment s’opère le choix de mes lectures. J’opterais pour le coup de cœur. Mais aussi pour des choix en cascades. Je lis un livre qui me donne envie d’en lire un autre sur le même sujet ou dans le même processus de pensée.

J’ai un carnet empli de titres de livres que j’aimerais lire. Les bisons de Broken Heart se trouvaient entre Ella Maillart envoyée en Mandchourie et les rites d’automne du même O’Brien.

Titres poétiques et espaces lointains. Mon choix s’est porté sur les bisons et les terres indiennes.
Je peux vous dire que j’ai été séduite, ravie, époustouflée tout au long de ces 429 pages.

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Bison bison nord américain

Dan O’Brien nous parle simplement de sa vie quotidienne dans le Dakota du sud. Universitaire, écrivain ami de Jim Harrison, fauconnier et propriétaire terrien, il a longtemps élevé des bovins sur la Grande Prairie américaine. Comme tous les autres fermiers, il a subi revers sur revers à cause des cours du lait, des quotas et surtout à cause du rude climat qui ne convient ni aux vaches ni aux bœufs.

«J’ai déjà écrit plusieurs livres, c’est mon septième. Pendant longtemps, je n’ai pas considéré Les bisons de Broken Heart comme un livre mais plutôt comme un carnet de bord, un journal. Il a mûri lentement en moi, et j’ai alors compris que mon expérience en tant qu’éleveur pouvait servir de métaphore pour la vie en général et intéresser les gens. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit le livre. J’y ai réfléchi pendant un moment et, après avoir rédigé le premier chapitre, je me suis lancé. Il m’a fallu un an pour le terminer, ce qui est assez rapide pour moi car je suis un homme très occupé !» (entretiens avec Dan O’Brien - juin 2007- sources Evene.fr)

A force d’observations et de réflexion, il en est venu à la conclusion que seuls les bisons qui avaient été les premiers occupants de ces terres pouvaient y prospérer. Après moult hésitations, angoisses et discussions avec son banquier, il a décidé de reconvertir son exploitation et d’y réintroduire l’élevage des bisons pour leur viande dont la qualité est reconnue : chair savoureuse et pauvre en graisses.

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Jeune bison photographié à la fin du mois de mai
dans le Parc Custer (Dakota du sud)

O’Brien a donc acheté ses premiers bisons et décidé, le temps venu «de prendre exemple sur les coutumes sioux, cheyenne, blakfeet et crow, et [j’ai] choisi le mois de novembre pour faire abattre les cinq bisons» dont la viande était destinée à la vente. Les bisons furent tués rapidement par un excellent tireur ; ils le furent dans leur environnement naturel, la Grande Prairie, afin de leur éviter le stress du transport et la prise probable de conscience d’une mort imminente, horrible.

Dan O’Brien nous fait vivre son expérience au long des saisons. Ce qui aurait pu sembler ardu, monotone ou dénué d’intérêt s’avère, en fait, passionnant et palpitant.

L’écrivain nous fait revivre la grande épopée de la Prairie et nous transporte aux temps pas si éloignés où les indiens, en parfaite harmonie avec la nature, cohabitaient avec ces animaux hiératiques et ne les tuaient que pour s’en nourrir et tirer partie des restes de la bête.

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Assiboine chassant le bisons – Paul Kane (entre 1851-1856)

Il nous parle du scandale qui «débuta en 1872 et prit fin dans les derniers mois de 1874 dans le sud des Grandes Plaines» pour aboutir à l’extermination de 1.378.359 bisons dont « les fourrures furent expédiées en train jusqu’à la côte est, à destination des tanneurs américains et européens. On transporta également 3.062.292 kilos de viande… ». Les carcasses étaient abandonnées sur la Prairie.

Puis, comment «en l’espace de quelques années, un million de tonnes d’os furent ramassés dans les prairies… C’était comme si les bisons avaient été rayés de la carte et du passé des plaines».

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Pile de crânes de bisons (1870)
Finalement, 50 millions de bisons furent éradiqués du continent nord américain.

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La vie quotidienne du ranch nous est simplement contée. Et ce récit m’a fait souvenir d’un autre livre que je ne saurais trop vous recommander : « Une année à la campagne » de Sue Hubbell.
Ces auteurs vivent et décrivent leur vie au contact de la nature ; ce sont des quotidiens parfois difficiles mais qui font rêver bon nombre d’entre nous.

Dans ces deux livres ont perçoit clairement l’empreinte de Henry David Thoreau, le chantre de la nature. Une immense poésie et une infinie humanité se dégagent de ces textes.

Je relirai, sans doute cette année, «les bisons de Broken Heart».
Pour le rêve. Pour son charme. Pour la simplicité. Pour son authenticité.

A voir : le site de Dan O’Brien : www.wildideabuffalo.com
Très intéressant.

A lire également : Rites d’automne

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