Pour sauver la planète, sortez du capitalisme – Hervé Kempf – Editions du Seuil – 2009 – 134 pages

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Toute la beauté du monde

Voici donc le second volet qu’Hervé Kempf consacre aux dérives du capitalisme. Je vous avais parlé, en mars dernier, de son premier essai intitulé «Comment les riches détruisent la planète» (cf. sommaire des livres).

En fait il continue de disserter sur la manière dont les riches s’ingénient à détruire, détruire et faire semblant de reconstruire… histoire de s’enrichir encore plus.

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La Suncor Millenium mine au bord de la rivière Athabasca (Alberta, Canada)
Photo David Dodge, The Pembina Institute

Hervé Kempf fait l’inventaire des moyens utilisés par les oligarchies internationales pour consolider leurs positions et… s’enrichir.

Tout d’abord s’attaquer à l’économie, l’économie traditionnelle, raisonnée et raisonnable, pour remplacer l’économie de «papa» par un ultralibéralisme effréné. Les deux outils privilégiés sont la spéculation et la corruption car il faut bien se dire que «l’éthique est le frein des perdants, la protection des vaincus, la justification morale de ceux qui n’ont pas su tout miser et tout rafler» (Roberto Saviano).

Un tel système de pensée a pour effet de permettre aux oligarques de vivre dans un luxe sans retenue ni complexe et dans un extrême mépris des règles collectives.

«Tout le monde sait, par exemple, que par des moyens parfois criminels et souvent d’une extrême violence, les oligarques ont vampirisé l’économie de la Russie [et qu’] ils viennent aujourd’hui investir leurs capitaux en Europe.» (Jean de Maillard).

La crise américaine des supprimes, les parachutes dorés, les bonus dispendieux versés aux traders sont autant d’exemples de violence, de mépris et de déni des règles élémentaires.

Ainsi donc, «dure aux faibles, douce aux forts, la loi du capitalisme triomphant distille le poison du délitement du respect des règles collectives.» (Hervé Kempf).

Et pour briser tout velléité de résistance des classes «inférieures» le grand capital a progressivement, mais avec acharnement, détruit la notion de travail, la classe ouvrière et les syndicats.

Dès 1956 l’économiste Georges Friedmann lançait un livre et une expression qui firent florès : «le travail en miettes». Il était déjà question d’une marge libérée de producteurs et d’une marge saturée de consommateurs.

De nos jours, ce n’est plus le travail qui est en miettes mais toute une classe sociale qui est partiellement détruite «par les techniques d’individualisation du travail (primes aux mérite, entretiens de qualification annuels, etc…), par l’éclatement des statuts (CDD, intérim, stages) par la dévalorisation du rôle des travailleurs qualifiés…» (Serge Halimi)

Dans un système de soi-disant méritocratie, les cadres ne sont pas épargnés ; ils sont soumis à une compétition permanente qui «engendre un monde où la peur est diffuse, la peur de ne pas trouver sa place ou d’être déclassé, la peur de se trouver parmi les perdants.» Souvenez-vous du suicide des ingénieurs de chez Renault et de celui, cet été, de trois salariés de France Télécom.

Détournement de l’économie, déstabilisation des classes sociales, mais aussi destruction de l’environnement. Là, nous avons l’embarras du choix dans les exemples.

L’énergie atomique, le charbon allemand ou polonais, les éoliennes risquant de ne pas tenir leurs promesses, il faut donc se rabattre encore et toujours sur l’or noir.

Donc, depuis 10 ans l’Alberta, domaine d’immenses forêts magnifiques, a vendu son âme au diable noir : le pétrole qui se présente dans cette région sous forme de sables bitumineux dont la séparation sable/pétrole est d’un coût environnemental exorbitant : l’Alberta est peut-être riche, mais polluée et défigurée.

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Complexe d’extraction de sables bitumineux dans l’Alberta, Canada
Source Wikipédia

Alors, que faire pour sortir de cet engrenage infernal ?

Il faut sortir d’un système qui met le profit au cœur de toute activité. Il faut sortir de cette schizophrénie de l’individualisme, du laisser faire, comme seuls comportement et ambition acceptables.

Il est impossible, bien sûr, de modifier la mentalité des ces oligarques. Il faut donc modifier la société non pas en commençant par le haut, mais en modifiant nos comportements, nous qui sommes soi-disant « en bas ».

La seule solution est de coopérer, de s’associer et d’avoir un comportement solidaire, par exemple : avoir un agriculteur près de chez soi (le Monde du 18 août 2009) dont tout un village bénéficiera, créer toujours plus d’AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), défendre ensemble des îles contre l’érosion, mettre en oeuvre des micro-crédits, soutenir une éducation solidaire (www.uncahier.uncrayon.overblog.org) et aussi rétablir ensemble, progressivement mais impérativement l’équilibre nord-sud.

Des gestes individuels ou communautaires sans cesse répétés auront peut-être raison de la manière aberrante dont notre monde est actuellement gouverné. Notre volonté et notre imagination feront toute la différence.

Yes we can !

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P.S. – Vous pouvez consulter quelques citations extraites du livre d’Hervé Kempf à la rubrique « Textes et citations » : « individualisme et capitalisme« .

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Buzz sur internet : le cinéaste polémiste américain Michael Moore compte s’attaquer au capitalisme dans son prochain film : « Capitalism : A love story »…

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