J’ai longtemps cherché une île déserte, à l’abri du monde, pour rêver tranquille.

J’ai marché à Rhodes et Elbe, j’ai visité la Crète, Malte et la Sicile. Belles, elles ne sont pas trop grandes et donnent l’illusion de se laisser cerner. Mais, elles bruissent du tourisme de masse.

J’ai rêvé d’îles lointaines. De Kodiak aux Marquises, de Vanuatu à Vancouver, des Shetlands à Madre de Dios.

J’ai longtemps cherché une île déserte.
Je l’ai enfin trouvée.

Tel un navire blanc, elle avance et flotte sur les herbes de juillet. A sa proue, je rejoue en riant la grande scène du Titanic, sans Leonardo di Caprio.

La nuit, allongée dans un transat, je vogue et dérive en contemplant «le grand chariot» qui me fixe de ses étoiles lointaines.

Des bulles de pensées légères s’échappent, se baguenaudent dans l’air tiède puis s’enfuient vers la stratosphère. Elles se dilueront bien avant.

En tournant la tête, je vois la longue masse noire de la forêt. C’est une lente lame de fond qui vient à la rencontre de mon insubmersible île déserte. Son ombre sombre frôle les rivages de mon île.

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5h 45, aube et pleine lune

Et dans l’obscurité paisible, le clapotis est celui des hautes herbes qui ploient sous juillet. Le flux et le reflux sont les fils du vent courbant les arbres.

Je suis seule sous le soleil d’été et libre sous les étoiles.
Isolée d’un monde follement excité, je peux enfin explorer le silence,

J’ai trouvé mon île déserte.
C’est ma terrasse.

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