Via Mala de John Knittel – 1934 – Editions Albin Michel 1942 – 572 pages –
Ce livre existe en collection de poche chez tous les revendeurs Amazon.fr et autres librairies d’occasion.

C’est un livre que j’ai retrouvé dans une bibliothèque familiale. Soigneusement relié par les soins d’un charmant grand-père dont c’était le passe-temps favori. Tanné par les ans, le livre attendait patiemment que quelqu’un le sorte pour lui redonner vie.

Je l’ai repris par hasard, après cinquante ans d’oubli. Le cuir maintenant usé par endroits et les craquelantes pages jaunies donnent au livre ses lettres de noblesse.

Pourquoi toujours lire les dernières parutions ? Pour être à la mode, au courant, dans le courant ?

Retourner vers des livres qui eurent un grand succès est une démarche intéressante qu’il ne faut pas négliger. Notre présent culturel est le fruit des richesses passées.gravureviamalaresize.jpg

James Cockburn (1778-1847) : la Via Mala

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Sur l’auteur de Via Mala, il existe peu de renseignements. John (Hermann) Knittel, fils d’un pasteur missionnaire, né en Inde en 1891 est mort à Maienfeld (Suisse) en 1970. Il écrivit, entre autres, deux romans célèbres en leur temps : Thérèse Etienne et Via Mala. J’ai alors plongé voluptueusement dans ce roman inoubliable.

Jonas Lauretz, maître absolu de la scierie de la Via Mala, «les gorges les plus terrifiantes de la Rhétie » situées sur le Rhin postérieur, dans les Grisons suisses, est sauvagement assassiné.viamalaresize.jpg

L’atmosphère sombre et étouffante de ce meurtre très «dostoïevskien» n’est pas sans rappeler celle de Crime et Châtiment.

Mais, ce roman raconte aussi l’histoire d’amour lumineuse entre une jeune fille – au sens de l’honneur et de la famille infaillibles – et un jeune magistrat intègre.

Au travers de l’intrigue, l’écrivain pose d’importantes questions sur la violence, la religion, la justice… et leurs limites.
Il apporte sa réponse, laissant au lecteur son libre-arbitre.

La construction classique de ce roman en trois parties équilibrées tant en longueur qu’en intensité donne une impression de structure puissante. Cette force étaie le déroulement des évènements et l’évolution des sentiments. Et même si la traduction n’est pas toujours parfaite, le charme demeure.

Tantôt John Knittel paraît très en avance sur son époque, tantôt il est d’un conservatisme désuet. Mais toujours sa peinture de la montagne est prenante, poétique et vivante. La rudesse des sombres à-pic de la Via Mala, la vie quotidienne des petits villages de montagne, les prés fleuris de l’Alpe grisonne sont peints avec finesse et réalisme. Il y a de l’amour dans ces évocations.

Notre imaginaire peut alors déployer ses ailes. Tel est le merveilleux de la lecture.
Car, contrairement à la télévision ou au cinéma, les livres laissent intact notre pouvoir d’imaginer.

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A propos de la Via Mala :

« Gorge obscure, creusée entre deux parois grises, hautes de 300 mètres, la Via Mala (« mauvaise voie ») a inspiré bien des récits de voyage. Par endroits, le passage se resserre tellement qu’il réduit le lit du Rhin à quelques mètres seulement. Trois ponts, hauts de 70 mètres et construits en 1739, 1935 et 1938, enjambent ce couloir. »

« Il est difficile de savoir précisément depuis quand cette voie est empruntée. On raconte pourtant que les Romains et les marchands de l’époque se hasardaient déjà dans ce sombre boyau. En 1470, on ouvrit un chemin sur la rive gauche du défilé, simple sentier transformé en 1822 par l’ingénieur tessinois Poccobelli en route carrossable, taillée en corniche dans le roc et de forte montée. Un accès, aujourd’hui oublié doublé par une nouvelle semi-autoroute (1967) qui, par un système de tunnels et viaducs, franchit sans peine les gorges de la Via Mala. »
(Sources : Guides Bleus)