Dino [Dean Martin] ou la belle vie dans la sale industrie du rêve de Nick Tosches – 1992 – Rivages/Noir 2003 n°478 – 637 pages

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Nick Tosches est un spécialiste américain de la scène musicale. Il a été l’un des meilleurs chroniqueurs rock de sa génération.

Eclectique, il a écrit un certain nombre de biographies dont celle de Dean Martin (1917-1995). En outre, il est l’auteur d’excellents romans policiers (La Religion des ratés).

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C’est vous dire qu’en cette année 2009, il n’est guère réaliste ni raisonnable de traiter Dean Martin de chanteur démodé, périmé et oublié.

La biographie de Nick Tosches est absolument passionnante. C’est non seulement la vie de Dean Martin mais c’est aussi une page de l’histoire de l’Amérique. Des années 30 aux années 90.

L’Amérique des immigrés italiens du début du 20ème siècle. Steubenville, Ohio, lieu de naissance de Dino Croccetti où son père est coiffeur. Cette région vouée à la métallurgie, aux usines, aux fumées et aux déceptions de ces italiens qui ont quitté la misère pour en retrouver une autre, car

« Il ne fait aucun doute
« que la fortune règne en maître
« dans toutes les affaires humaines.
« C’est un pouvoir capricieux,
« capable d’offrir la gloire aux activités des hommes, ou de les abandonner
« dans l’obscurité sans se soucier de leur vraie valeur ». (Salluste – traduit du latin).

Et nous suivons pas à pas la carrière de Dean Martin, si secret et totalement indéchiffrable. La fortune réticente des débuts a finalement cédé la place au succès puis à la gloire. L’obstination, le travail, l’élégance et les modulations d’une voix magnifique en furent les instruments.

Le modèle de Dean Martin – et de Frank Sinatra – était le chanteur Bing Crosby dont la manière de chanter « lente, suave et décontractée, prit [en 1933] et pour toujours le nom de crooning, un terme signifiant à la fois chantonner et susurrer ».

C’est ainsi que Dean Martin, à la suite de Bing Crosby, devint « the King of Cool » et le « Crooner » par excellence… tandis que son compère Frank Sinatra se gratifiait lui-même du célèbre titre de « the Voice ».

Puis nous suivons Dean Martin dans le milieu des boîtes de nuits américaines, ces salles de 700 personnes à la fois restaurant, bar et music-hall. Ces boîtes qui rapportent des millions de dollars à leurs propriétaires qui sont, la plupart du temps, des mafieux notoires. Ces mêmes mafieux qui prendront dans leurs filets Jerry Lewis, Dean Martin et Frank Sinatra, leurs salariés.

Tous trois gagneront des fortunes en se produisant également sur les scènes des grands casinos d’Atlantic City et de Las Vegas.

En outre, Dean Martin animera durant plusieurs années des émissions de télévision qui seront regardées et adorées par des millions de téléspectateurs, la petite lucarne ayant pris son essor dans les années 60.

Dans ce livre les chiffres font la ronde et la galipette, les millions sont de la grande fête. Les « Trente Glorieuses » et les « Années Kennedy » se rappellent à notre bon souvenir et la nostalgie fait chavirer mon âme.

Les décès successifs de Dean Martin et de Frank Sinatra ont créé un vide qui n’a pas été comblé. Il n’y a plus de vrai crooner, de ces voix mélodieuses et douces, de ces hommes occupant la scène, toute la scène, avec humour et élégance.

Le bruit et la fureur sont à la mode.
J’ai refermé le livre avec un pincement au cœur.

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