Vingt-cinq ans de solitude (Mémoires du Grand Nord) de John Haines – 1989 -
Editions Gallmeister – 234 pages – ISBN 9 782351780015

Carte Richardson-Fairbanks
Cliquer sur la carte pour l’agrandir.

Dans ma jeunesse j’ai longuement rêvé en lisant James Oliver Curwood (1878-1927) ou Jack London (1876-1916). Ces jours-ci, le récit de John Haines (né en 1924) est arrivé dans ma vie d’adulte comme un complément à mes rêveries d’enfance.

James Oliver Curwood avait une vision positive et environnementale du Grand Nord tandis que Jack London était nettement pessimiste dans ses évocations.

John Haines, quant à lui, décrit en détail sa vie quotidienne dans les environs de Richardson, non loin de Fairbanks, le long de l’Alaska Highway. Toujours mesuré dans ses propos, il évoque cette vie difficile, cruelle et réaliste avec, néanmoins, ses moments lumineux et poétiques.

Ce qui le différencie des deux autres écrivains c’est justement son sens de la poésie.
La traduction n’y fait pas obstacle.
Les descriptions belles et modulées entraînent le lecteur dans un long poème en prose. Une ode à la nature.

Haines appartient à un mouvement littéraire qui trouve ses racines aux Etats-Unis : le « Nature Writing ». C’est un genre qui mêle observations de la nature, éléments autobiographiques et considérations philosophiques. Le plus célèbre écrivain de ce « nature writing » serait Henry-David Thoreau, considéré par certains comme le père de l’écologie politique avec son célèbre « Walden ou la vie dans les bois » (1854).

Les excellentes éditions françaises Gallmeister, fondées en 2005, ont fait connaître cette nouvelle catégorie d’écrits.

Les pièges, les collets, le sang, et la mort n’appartiennent pas à l’univers poétique. Ce sont des réalités dérangeantes.

Je sais que la chasse est le seul moyen de subsistance mais, jusqu’à présent, cela restait flou dans mon esprit. Les descriptions détaillées et sans fioriture m’ont fait prendre pleinement conscience de cette implacable nécessité de tuer pour vivre.
Elles n’entachent en rien la beauté du texte.

C’est grâce à ce réalisme intime que John Haines a pu vivre tant d’années dans le Grand Nord. Tout est réfléchi, pesé, organisé. Tout est étudié et appris. C’est probablement ce sens des réalités qui a manqué à Chris McCandless, retrouvé mort en 1992 en Alaska ( lire le récit que Jon Krakauer a fait de ce  » Voyage au bout de la solitude « – Into the Wild (1997) et, également DVD-film 2008).

J’ai plongé en apnée dans ce récit ; au fond de ce « grand blanc » j’ai trouvé le Grand Nord. J’ai réussi ma plongée et je recommencerai. Je sais que je relirai ce livre plusieurs fois. A la recherche de lieux où je n’irai sans doute jamais, à la recherche d’une vie qui n’est pas pour moi.

J’admire John Haines d’avoir découvert et mis en pratique l’une des valeurs essentielles : la simplicité.

***