Rien ne va plus de Douglas Kennedy – 2002 – Pocket n°11971 – 443 pages.kennedy.jpg

Faut-il critiquer systématiquement «la littérature de gare». Vous savez, ces livres que l’on achète rapidement au kiosque et dont l’attrait ne dure que le temps d’un voyage ?

Vouloir lire un livre dans un train relève de la gageure. Le bruit assourdissant du train, le roulis lancinant qui imprime un mouvement irrégulier, le va-et-vient incessant des passagers et les diverses conversations, font que toute tentative de lecture sérieuse est vouée à l’échec. Alors pourquoi ne pas ouvrir un livre qui va se déguster comme les savoureuses gorgées d’un vin rouge loyal et marchand ?

C’est ainsi que j’ai fait la connaissance, sur un long trajet aller-retour, de Douglas Kennedy.
A l’aller, ce fut «L’homme qui voulait vivre sa vie». Ne l’ayant pas du tout aimé, je le passerais donc sous silence.
«Rien ne va plus» m’a accompagné cinq heures durant, le temps du retour.

David Armitage, scénariste à Hollywood va se trouver propulsé dans les hautes sphères de la télévision, celles des séries à succès.

Après avoir longuement végété, le succès va lui tomber dessus. La réussite est un rouleau compresseur qui écrase bien des vies, surtout celles qui sont mal structurées. David ne fera pas exception. Monté au pinacle, il en redescendra vite et brutalement laissant place à un autre David, un homme différent enfin capable de faire face aux réalités ordinaires. En exergue du livre, une phrase de Gore Vidal « Réussir ne suffit pas. Il faut qu’un autre échoue » avait donné le ton.

Le sujet est accrocheur et intéressant. Lequel d’entre nous n’a jamais regardé ces feuilletons, si facétieusement nommés «soap opera» ?
Le romancier nous emmène de l’autre côté du miroir, côté fabrication

Outre la question de l’adaptation au succès, il pose le problème du plagiat involontaire. Ces bons mots, ces phrases que l’on a entendus, dont on a oublié l’origine et qui ressurgissent sans crier gare. Coupable ou non coupable de les réemployer ?

Style souple, sans prétention ni fioriture utilisant les mots simples de tous les jours, ainsi est la littérature populaire. Elle remporte un franc succès et son fort tirage déclenche des jalousies tenaces.

Au cours du roman, quelques réflexions sérieuses se perdent malheureusement dans ce style gouleyant qui coule si facilement. Faites comme le train, arrêtez-vous un instant. Le temps d’une station.

Je ne sais pourquoi mais, mon cerveau fonctionnant souvent par association d’idées, les livres de Douglas Kennedy m’ont rappelé ceux de Paul-Loup Sulitzer, tels Money, Cash, ou le Roi vert. Même aisance, même rythme alerte.

Je crois qu’il ne faut pas bouder le plaisir et le délassement qu’apportent ces romans.

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