Au Musée Historique de Berne : Albrecht von Haller (1708-1777)
Exposition du 4 Décembre 2008 au 13 Avril 2009

Le Musée Historique se trouve sur Helvetiaplatz, autant dire un lieu prédestiné pour un tel musée helvétique.

Construite en 1894 dans le style néo-gothique pompier l’imposante bâtisse n’est pas laide. Elle est seulement affétée. Des arbres majestueux soulignent la noblesse du «château».img0030resize.jpg

Aujourd’hui j’ai fait trois heures de train dans le but de mieux connaître Albrecht von Haller. Je ne regrette pas le voyage.

Berne, sa ville natale, commémore l’anniversaire de sa naissance. C’était, il y a trois cents ans.

Il fut un anatomiste remarquable découvrant le rôle essentiel des nerfs et l’importance des muscles, décrivant dans un célèbre traité d’anatomie en 8 volumes les « Elementa physiologiae corporis humani ». Ce traité restera une référence cinquante années durant. Il comprenait 5.000 pages et 50.000 notes en émaillaient le texte.

Au cours de sa vie, il établit une bibliographie en 10 volumes de toute la littérature médicale et botanique de l’époque. C’était un temps où l’ « honnête homme » du 18ème siècle pouvait cerner les connaissances.

Botaniste exceptionnel, il élabora un herbier gigantesque en 61 volumes comprenant jusqu’à 10.000 échantillons.

1742 vit donc la publication de l’ « Enumeratio stirpium Helvetiae indigenarum » ancêtre de

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l’actuelle « Flora Helvetica », premiers travaux botaniques suisses reposant sur des bases sérieuses. Von Haller et Linné s’opposèrent par écrits interposés sur de nombreux sujets de nomenclature.

 

Homme de culture, homme des “Lumières” et travailleur acharné, il se constitua également l’une des plus grande bibliothèque privée de son temps. A sa mort, n’ayant pas trouvé acquéreur, elle fut vendue à l’empereur d’Allemagne JosephII (1741-1790), corégent des Etats des Habsbourg. Il la transféra dans sa ville de Milan, alors habsbourgeoise…

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Dans sa jeunesse, Albrecht von Haller randonna à travers la Suisse et, inspiré par les paysages, écrivit le célèbre poème img0039resize.jpg« Die Alpen » (Les Alpes) paru en 1732. Au travers d’une idylle dans un paysage de rêve, il célèbre la vie simple, pauvre et vertueuse des montagnards suisses, proches de la nature. Ce « peuple laborieux (qui) tire du lait le pain des Alpes ». Ce recueil participera à l’édification d’une image idéalisée de la Suisse qui subsiste encore de nos jours. Le mythe Suisse était né. Il sera relayé en cela par son contemporain, l’artiste Caspar Wolf (1735-1783) qui sera le premier peintre à choisir les Alpes comme thème central de son art.

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C’est en lisant « Les Alpes » que j’avais fait connaissance d’Albrecht von Haller.


Je pourrais vous décrire par le menu toutes les merveilles que recèle cette grande exposition. J’ai préféré opérer un choix. Sachez toutefois que les œuvres d’art et les objets précieux sont présentés avec le plus grand soin et un goût artistique très sûr.

Si vous en avez la possiblité, n’hésitez pas : courrez vous instruire et vous émerveiller.

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J’ai choisi, pour vous, trois passages de ce long poème romantique – Die Alpen – évoqué plus haut :

« Là se dresse la haute tête de la noble gentiane,
Bien au dessus du choeur modeste des plantes plébéiennes;
Tout un peuple fleuri sert sous son étendard,
Sa soeur même, de bleu vêtue, s’incline et lui rend hommage;
Ses fleurs d’or clair, recourbées en rayons,
S’amassent au somment de la tige et couronnent son manteau gris ;
La blancheur lisse de ses feuilles striées de vert foncé
S’illumine des feux chatoyants du diamant humide… »

Ou encore :

« Car, ici, où la tête du Gothard se dresse au dessus des nuages,
Où le soleil paraît plus proche au monde plus élevé,
Tout ce que la terre produit ailleurs de rare
La nature en se jouant l’a réuni sur un espace étroit… »

Et enfin :

« Lorsque le premier rayon de Titan dore la neige des cimes
Et que son regard éclatant dissipe les brouillards,
Alors tout ce que la nature a formé de plus magnifique
Avec une joie toujours nouvelle d’un sommet se découvre… »

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