Voyage aux pays du coton – Petit précis de mondialisation – de Erik Orsenna –2006 - Livre de Poche n° 30856 – 307 pages

Je ne sais pourquoi mais, dès le début du livre, j’ai pensé à Yann Arthus-Bertrand et ses « vu du ciel ». En lisant j’ai eu l’impression de survoler le monde, ce monde avide et cruel.

De pays en continent, Erik Orsenna orsenna.jpgprend de rapides clichés de la situation et narre dix histoires dont le coton est le fil conducteur. Il nous présente ainsi ses morceaux choisis d’une enquête qui fut probablement longue et délicate.

Des phrases brèves et de courts chapitres impriment un rythme journalistique vif et visuel au texte.

Ce qui me plaît dans un livre c’est la possibilité qu’il m’offre de m’instruire ou de compléter mes connaissances. J’aime qu’il me fasse procéder par association d’idées et naviguer dans la culture.

Au cours de ce voyage, j’apprendrai l’origine exacte du mot coton, j’apprendrai que « mille trois cent vingt-six espèces d’insectes vivent aux dépens du cotonnier » et que « la longueur de la fibre donne la légèreté et la douceur, mais aussi la résistance » au coton égyptien. Et bien d’autres faits plus sérieux encore.

Le périple débute par l’Afrique ; je pense aux tonnes de vêtements récoltés par les organisations suisses, pays où j’habite. Vous seriez sidérés de voir ce que l’Armée du Salut peut collecter… et revendre. Ces « fringues » finiront sur les étals africains au mépris de la dignité humaine et de la production africaine.

L’auteur nous emmène ensuite au cœur du scandale américain, dans le Missouri, chez Monsanto, qui est tout sauf « santo ». Je me souviens alors d’une passionnante enquête diffusée sur Arte le 11 mars 2008 (voir le site Arte.tv) intitulée « Monsanto, une entreprise qui vous veut du bien » (lire également l’article paru dans Rue89 du 12 février 2009).

Erik Orsenna nous parle lui aussi du Round up en indiquant que « Monsanto vient d’inventer le double filon : vendre à la fois l’herbicide et la semence de la plante qui résiste à l’herbicide.». Filon probable et filouterie certaine …

Quant aux 9 milliards de chaussettes de Yiwu, capitale chinoise des cache-pieds, ils m’effraient. Soudain je me souviens d’un livre à succès d’ Alain Peyrefitte « Quand la Chine s’éveillera ». C’était en 1974. Depuis, la Chine s’est éveillée et ses yeux sont grands ouverts ; en 2004 le credo d’Erik Izraelewicz s’intitulait « Quand la Chine change le monde ». Et en 2015 quels titres les écrivains donneront-ils ?

Les anecdotes se succèdent, légères et amusantes cachant presque toujours de tristes réalités. Les pays se succèdent, les continents changent, mais les désastres écologiques et humains sont identiques, partout.

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