Le Chant des pistes de Bruce Chatwin – 1987 – in Œuvres Complètes – Bibliothèque Grasset – 313 pages .

Il existe plusieurs types de voyageurs.
Il y a le marcheur, souvent solitaire, comme John Muir (1838-1914) à qui l’on doit le
img0120totemresize.jpg concept de Parc National, il y a le brillant journaliste, aventurier-baroudeur tel Joseph Kessel (1898-1979) qui rapportait des articles exceptionnels

Entre ces deux types se situent les écrivains-voyageurs. Cette catégorie contestée donne lieu, ces temps-ci, à polémique.

Ces écrivains cultivent les rencontres et fignolent leur style. Ainsi en est-il, par exemple, de Nicolas Bouvier (1929-1998) ou de Bruce Chatwin (1940-1989).

Poteaux funéraires dits « Tutini » (bois sculpté) – 20ème siècle

« Le Chant des pistes », à mi-chemin entre roman et enquête ethnologique, nous conte l’histoire tragique des aborigènes d’Australie. Bruce Chatwin se rapproche du roman en utilisant fréquemment le dialogue pour rompre le fil de son récit; il évite ainsi l’écueil de l’étude scientifique aride.
Les chapitres sont courts, quelques fois seulement deux pages. L’écriture est concise et précise. Une force et une légèreté certaines se dégagent du texte. C’est cela avoir du style.

Un projet de voie ferrée sur 500km devait relier Alice Springs à Darwin. C’était le dernier tronçon du chemin de fer australien.
L’ingénieur en chef ayant promis de ne détruire aucun lieu sacré aborigène a demandé que soit établie une carte, la plus exacte possible, afin d’en discuter avec les autochtones. Il s’agissait d’obtenir l’autorisation symbolique de traverser ces terres et aussi de verser une compensation financière – non moins symbolique. Pour ce faire, Arkady jeune australien
d’origine russe, ethnologue passionné vivant parmi les aborigènes, est chargé de retrouver les propriétaires traditionnels des lieux sacrés.

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Nous suivons donc Bruce Chatwin et Arkady sur les pistes.
Ce livre est passionnant.
Je n’avais que de vagues connaissances concernant les premiers habitants d’Australie et grâce à ce « Chant », j’ai appris et encore appris. Avec plaisir, bonheur et délectation.

Maintenant, je sais que le « Temps du rêve » dont on parle souvent est « l’équivalent aborigène des deux premiers chapitres de la Genèse ». Ou encore, qu’un « chant » était à la fois une carte et un topo-guide et « pour peu que vous connaissiez le chant, vous pouviez toujours vous repérer sur le terrain».img0123resize.jpg

«La totalité de l’Australie pouvait être lue comme une partition musicale». «Une phrase musicale décrivait – par exemple – les déplacements des pieds de l’ancêtre». «Une phrase signifiait lac de sel, une autre lit de la rivière.»
Je vous ai donné de tout petits exemples de l’originalité de ce chef d’oeuvre. Croyez-moi ce texte est fascinant et vous serez envoûté.


img0112resize.jpgCi-dessus : trois détails de « rêves », tableaux aborigènes traditionnels. Ces oeuvres du 20ème siècle portent les noms de Rêve de Serpent, Rêve de l’Opossum ou Rêve du Lézard. A l’instar des « chants », les rêves indiquent des routes dans la nature. Seuls les autochtones initiés sont capables de lire ces « cartes » et ainsi se repérer dans l’immensité australienne.

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13 Février 2008
Excuses du gouvernement australien aux Aborigènes.

Aujourd’hui, nous rendons hommage aux peuples indigènes de cette terre, les plus anciennes cultures encore vivantes de l’humanité.
Nous pensons aux mauvais traitements qu’ils ont subis.
Nous pensons en particulier au sort des générations volées, ce sombre chapitre de l’histoire de notre nation.

Il est désormais temps pour notre nation de tourner une nouvelle page de l’histoire de l’Australie en reconnaissant les torts du passé pour se tourner avec confiance vers l’avenir.

Nous présentons nos excuses pour les lois et les politiques des Parlements et gouvernements successifs qui ont infligé une peine, une douleur et une perte profondes à nos compatriotes australiens.
Nous présentons en particulier nos excuses aux enfants aborigènes et insulaires du Détroit de Torres qui ont été enlevés à leurs familles, à leurs communautés et à leurs pays.

Pour la peine, la souffrance et les blessures de ces générations volées, de leurs descendants et de leurs familles laissées derrières elles, nous demandon pardon.
Aux mères et pères, aux frères et sœurs, pour avoir séparé des familles et des communautés, nous demandons pardon.
Et pour l’atteinte à la dignité et l’humiliation infligées à un peuple fier de lui-même et de sa culture, nous demandons pardon.

Nous, Parlement australien, demandons respectueusement que ces excuses soient reçues dans le même esprit que celui dans lequel elles sont présentées, en tant que mise en œuvre du processus de guérison de la nation.

Pour l’avenir, nous avons à cœur que cette nouvelle page de l’histoire de notre grand continent puisse maintenant être écrite.
Nous faisons aujourd’hui ce premier pas en reconnaissant le passé et en nous tournant vers un avenir qui englobera tous les Australiens.

Un avenir où ce Parlement s’engage à ce que les injustices passées ne se reproduisent jamais.
Un avenir où la détermination de tous les Australiens, Aborigènes ou non, leur permettra de palier le gouffre qui les sépare en termes d’espérance de vie, de réussite scolaire et d’opportunités économiques.
Un avenir où nous accueillons la possibilité d’apporter de nouvelles solutions aux problèmes quand les anciennes ont échoué.
Un avenir fondé sur le respect mutuel, les décisions mutuelles et les responsabilités mutuelles.

Un avenir dans lequel tous les Australiens, quelles que soient leurs origines, seront des partenaires réellement égaux, avec les mêmes chances et la même volonté d’écrire une nouvelle page de l’histoire de ce grand pays, l’Australie. (Source : Survival-France)

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3 Avril 2009

L’Australie a aujourd’hui formellement adopté la Déclaration des droits des peuples autochtones des Nations-Unies, revenant ainsi sur sa précédente décision.

Lors d’une cérémonie au Parlement, la ministre des Affaires indigènes, Jenny Macklin, a déclaré: « Aujourd’hui, l’Australie franchit un nouveau pas en rétablissant les relations entre indigènes et non-indigènes australiens, préparant ainsi un nouvel avenir.

Aujourd’hui, l’Australie rejoint la communauté internationale en réaffirmant les aspirations des tous les peuples indigènes… Le 17 septembre 2007, 143 nations avaient voté en faveur de cette Déclaration. L’Australie était l’un des quatre pays à s’y être opposé. Aujourd’hui, l’Australie change de position. Aujourd’hui, l’Australie adopte la Déclaration. »

L’Australie, les Etats-Unis, le Canada et la Nouvelle-Zélande sont les quatre pays qui se sont opposés à l’adoption de la Déclaration par l’Assemblée générale des Nations-Unies en 2007. Bien qu’elle ne soit pas contraignante, la Déclaration établit une série de normes garantissant les droits des peuples indigènes et permet ainsi de juger le traitement qui leur est infligé par les gouvernements.
(Source : Survival-France)

 

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