Maurice Chappaz – « un génie d’un pays lent qui s’approche et ne s’offre pas » – est décédé, hier à Martigny, à l’âge de 92 ans.

Fils d’un avocat, né en 1916, il n’avait jamais voulu suivre les traces de son père ou celles de son oncle banquier. Il avait alors exercé divers métiers : gérant d’un domaine familial à Fully, puis aide-géomètre au chantier de la Grande Dixence, lors de la construction du barrage et enfin, à partir de 1957 vigneron à Veyras qu’il quittera à la mort de son épouse, Corinna Bille, elle-même femme de lettres renommée.

Diverses passions l’animaient : la littérature et la poésie, les voyages, la nature et sa terre valaisanne. Dans ses oeuvres il dénonce l’idéologie du progrès qui détruit la terre ancestrale et la culture paysanne.

« Les montagnes ont leurs souches dans les nuages. » (La haute route – 1974)

En 1976, il avait provoqué un fameux scandale en publiant un pamphlet intitulé « Les maquereaux des cîmes blanches » dans lequel il s’en prenait aux politiciens et aux agents immobiliers prêts à brader la montagne pour son « or blanc ». Ce texte demeure d’une actualité criante. Il suffit d’être informé des nombreux scandales immobiliers et autres projets pharaoniques contestables, souvent contestés, qui perturbent l’arc alpin.

En 1997, il a reçu le Grand Prix Schiller pour l’ensemble de son oeuvre – prix attribué, en son temps à Ferdinand Ramuz et Friedrich Dürrenmatt – ainsi que le Goncourt (français) de la poésie.

Sa dernière oeuvre intitulée « La pipe qui prie et fume » date de 2008.

Adieu, donc, le poète,

voici quelques uns de tes vers :

« Les clochers avec les petits mélèzes sur les tuiles
s’envolent.
Les vignes glissent au bas du coteau.
Telles des pommes blanches brillent les névés,
alors les rivières nues ressusciteront.
Le parfum de la première violette
nous soûlera tous.
Le vent du pollen déracine les peupliers.
Dans la vallée,
comme dans un pétrin,
le grand printemps est malaxé: »

(Le Valais au gosier de grive :
Le Valais de mon coeur est plus grand que l’autre… 1960)

N’est-ce pas magnifique ?

Ce jour, le quotidien suisse Le Temps (voir le lien permanent) a publié , si cela vous intéresse, un excellent article sur Maurice Chappaz dont je vous souhaite bonne lecture.

 

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A suivre…