du Rigi Kulm à Untere Schwändihütte en raquettes, puis à pied jusqu’à Klösterli et enfin Rigi Kaltbad.

“Pour jouir pleinement de la beauté de cette vue, il faut se rendre sur le Koulm le matin et le soir, et contempler les effets que produit sur les objets innombrables la différence de l’illumination à ces diverses époques de la journée (…). De cette sommité on voit toute la partie de la Suisse située à l’est et au nord (…). C’est un spectacle magnifique.”

(J.-G. Ebel 1805)

C’était lundi dernier. Mer de nuages au dessus de nous. Le moral coule lentement et nous sommes tous au bord de la noyade.

Alors, hop ! Chaussures, raquettes et bâtons. Direction Vitznau, charmante station au bord du lac des Quatre-Cantons et terminus du poussif train rouge qui monte au sommet du Rigi. Vous savez, la reine du quartier dont je vous ai déjà parlé.

Le train asthmatique monte à la vitesse de 6 km/h. Génial pour reprendre ses esprits, se détendre et savourer le fantastique paysage qui émerge. Quelle étonnante impression que de sortir peu à peu d’une mer grisâtre de nuages compacts. Les gens sont heureux et se mettent à bavarder avec entrain. Jusqu’à présent on se serait plutôt cru dans une cathédrale à l’heure du prêche.

Il faut une bonne heure à petits cahots. Là-haut, on est tout près du paradis. Le ciel est bleu, pur et infini ; sur 180 degrés des montagnes et encore des montagnes. Tout est blanc. Là-bas, au fond à droite, l’Eiger majestueux (3970m). Et là-bas, complètement à gauche : le Säntis (2503m), la plus haute montagne d’Appenzell. Le regard effleure ainsi une grande partie de la Suisse.

La neige est vierge, poudreuse et douce. Pas besoin de (re)faire un casse chez Harry Winston, avenue Montaigne à Paris : je suis riche à milliards. Les milliards de diamants que sont les cristaux rutilants. C’est ma vraie richesse, celle qui ne sera pas perdue en bourse, celle qui va me rester au cœur. Le corps et l’âme légers, la descente en raquettes peut commencer. Un faible crissement, un léger froissement et le pied s’enfonce doucement. La qualité première de la randonnée en raquettes, c’est le temps. Ce temps précieux après lequel nous courons, que nous perdons, que nous voulons rattraper. On ne va jamais très vite avec des raquettes aux pieds. On descend, on monte, de-ci, de-là au gré de la fantaisie ou de la curiosité. C’est un lent voyage dans le paysage. Ce peut être aussi un voyage intérieur. Pas d’avions, pas de voitures, pas de téléphone, pas de voisins. Rien que le silence, la liberté et le bien-être.

Je ne pourrai pas vous écrire la même chose dans un mois ou deux. Les traces seront profondes, probablement croûteuses et cabossées ; la marche chaotique. Des dizaines de personnes seront passées par là, sur ces pistes réservées. Mais étrenner un trail, quel délice !!!

Pour redescendre, le train allait encore moins vite pour raison d’embouteillage. Nous étions nombreux à vouloir profiter du soleil. Et les petits trains rouges se suivaient sagement à la queue leu leu. Le hasard m’a placée à côté du conducteur. Le panorama immense m’appartenait. C’était le grand bonheur.

 

rigi - 10 janvier 09

 

rigi - 10 janvier 09
Nous étions le lundi 8 décembre 2008.

 

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A suivre …