Je vais vous raconter ma plus belle rencontre, celle de ma vie. C’était par un beau vendredi de mars, un jour ensoleillé, un jour où la neige rutile sur les sommets.
Je suis montée en train au Brünipass (1007m). Il n’est pas très élevé, mais permet d’aller de la Suisse Centrale vers l’Oberland Bernois – de Lucerne vers Interlaken.


Le chemin qui redescend côté Suisse Centrale est facile comme tout, un sentier de promenade qui serpente en se cachant dans les replis de la montagne. Là, nous sommes en contrebas de la route. Le bruit arrive étouffé, comme lointain. On croise par intermittence le petit train rouge qui se rend à Interlaken. C’est un train-jouet dans un paysage-maquette pour grands enfants.


Bonheur parmi les grands bonheurs, juste avant d’arriver à Käppeli – une charmante chapelle – je vois un petit animal, dos beige et ventre blanc, fébrile et rapide comme l’éclair : une hermine. C’était la première fois. Mais j’ai su intuitivement qui elle était : la belle hermine des manteaux de rois et des toges rouges de magistrats. Elle qui symbolisait la pureté et l’innocence avait fini sur le dos d’hommes vénaux et parfois corrompus.


Redoutable prédateur comme sa commère la belette, l’hermine avait colonisé une taupinière, après en avoir sans doute croqué l’habitante. Et la finaude aux yeux noirs, vifs et perçants sortait sa tête tel un périscope. Elle parcourait les différentes galeries à la vitesse de l’éclair et nous jouait l’air du furet… « qui est passé par ici et qui repassera par là… ».


Dans de pareils cas, je m’immobilise laissant croire que je suis un arbre, une pierre ou un banc…


Elle était ravissante et je savais qu’elle ne finirait pas en pelisse ou autour du cou d’une riche beauté, ce qui me réjouissait.

 

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A suivre …