Au clair de la lune :

« Au clair de la lune
« Volons vers les cieux
« Ecoutons la lune
« Et fermons les yeux. »
(Comptine – Apparue en France vers 1790))

5h 30 : pleine lune de novembre dans un ciel immense. Les cloches du cloître d’Heiligkreuz sonnent matines, l’office des lectures. Leur musique grave se propage dans la campagne. Une oie blanche cacarde brièvement dans son sommeil. Elle rêve que les fêtes approchent et se voit peut-être nue et rôtie au milieu de la table et des rires.

Puis, c’en est fini des bruits de la nuit.

La lune enveloppe les champs d’une lumière blanche, froide et imprécise. Tous les contours sont estompés et la forêt ressemble à une péninsule sombre avançant dans une mer d’un vert laiteux. Le vert des prés.

Il est plus difficile d’être splendide sous la lune que sous le soleil. La beauté y est différente. Tout semble extraordinaire et fantasmagorique. L’ordinaire devient intéressant et mystérieux. Cette clarté est loin d’être désolante, Monsieur Verlaine.

« Au calme clair de lune triste et beau,… »

Les minutes s’égrènent, un voile diaphane se lève de la terre et monte lentement vers le ciel ; au matin le paysage sera noyé dans la masse cotonneuse d’un brouillard déprimant.

Statue frigorifiée sur le balcon, j’ai guetté, en vain, une hypothétique chouette en goguette qui regagnerait ses pénates arboricoles

Hiver comme été j’attends impatiemment les nuits de pleine lune pour être de nouveau séduite et fascinée.

D’aucuns me diront qu’il n’y a rien à voir d’intéressant autour de leur terrier.

Et pourtant…

***

Le Dieu Râ :
Un sentiment de perte irréparable m’étreint chaque fois que je ne suis pas dehors à savourer une belle journée ensoleillée. La vie offre un somptueux cadeau qui est gaspillé. La culpabilité gâche ma journée.

***