Il fut un temps heureux où la prairie, ma prairie, était bien plus habitée que maintenant. Un jour, ce fut la presque rencontre entre un renard et un beau lièvre. Mais ils ne firent que se succéder dans l’après-midi et sur les lieux.

Le renard « encore jeune était des plus madrés » (Jean de La Fontaine), épicurien musard de surcroît. Et comme il faisait beau, il se promena de-ci de-là à travers la prairie ensoleillée et fleurie en marquant son territoire. Il était magnifique de santé, le pelage roux luisant dans la lumière et sa queue touffue nous informant de l’excellence de sa forme. Depuis la terrasse, je le regardais faire. Sans peur il vint se planter face à moi, certes à distance, mais face à moi. Il s’assit et me regarda de ses yeux vifs. Je restais figée et admirative. C’était mon premier renard.

A Paris et dans ses banlieues, les goupils n’ont pas d’existence réelle ; ils ne vivent que dans les livres d’images, les contes pour enfants, les fables de La Fontaine ou les documentaires animaliers.

Aux portes d’autres grandes villes, telle Zürich, les rusés rouquins se pointent avec la ferme intention d’y trouver leurs repas. L’une des mes amies en a rencontré un dans le jardin de son immeuble.

Après sa promenade, le mien a disparu dans le bois laissant sa place à un gros lièvre.

Comme c’était le plein été, monsieur Ülrich avait planté du maïs pour nourrir ses bovins et c’est d’entre les hautes tiges que le lièvre sortit tout tranquillement. C’était un jour de paix entre les espèces car le lièvre ne manifesta aucune inquiétude et s’en fut simplement. J’avais vu mon premier lièvre ; il était vivant et non pas en terrine.

C’était un après-midi de première(s).

***

 

A suivre …