L’esprit des vers de terre :

Au cours de randonnées, il m’arrive de sauver les vers de terre comme d’autres essaient de sauver les hérissons.

Le lombric qui traverse une route, pas nécessairement large, est comme un homme qui descend la Patagonie jusqu’en Terre de Feu. C’est dangereux, fatigant, épuisant. Il peut en mourir.

Les jours de soleil, la chaussée est un désert aride et brûlant sur lequel certains meurent de déshydratation ; les jours de pluie, la route peut se transformer en océan profond où ils risquent de se noyer. Je n’ai jamais vu un lombric vivant aborder l’autre rive d’une route.

On a besoin d’eux. Eux n’ont pas besoin de nous. Ils ont juste besoin de ne pas être écrasés sous prétexte qu’ils sont insignifiants.

En marchant, il faut regarder le monde alentour. Nous n’en sommes pas le centre, même si nous le croyons. Nous ne sommes qu’un tout petit maillon d’une longue chaîne. Alors si vous rencontrez un aventurier malgré lui, ramassez-le délicatement. Posez-le doucement, non pas sur l’herbe mais directement sur la terre, sa terre, et recouvrez-le de quelques brins d’herbes ou de feuilles fraîches afin de le protéger et de l’hydrater. Il a été en grand danger. Il ne pense pas mais il vit.

Il ne s’agit que d’un simple geste ; ce geste n’est pas puéril, il est simplement respectueux.

Bien des escargots égarés seraient sauvés grâce à un traitement identique.

 

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Une histoire vache :

Cela fait plusieurs fois que je vois, dans les champs, des vaches âgées aux pis monstrueux. Les bêtes ne peuvent marcher qu’avec difficulté et lenteur. Elles ne peuvent pas se reposer normalement et sont obligées de se coucher sur le flanc, la patte supérieure repose sur la mamelle et reste en l’air, parallèlement au sol.

Il faudrait pouvoir représenter les animaux en justice et plaider leur cause pour une vie plus digne. Depuis quinze ans, le canton de Zürich a un avocat ; les cantons de Berne et Saint-Gall ont trouvé une solution. Tous les pays devraient avoir une structure efficiente de défense des animaux. Il faudrait que le mépris de l’homme pour tout ce qui n’est pas lui-même cesse.

Pourquoi augmenter la production de lait alors que les prix n’arrêtent pas de baisser et que de toute façon les fermiers touchent des subventions ?

Les animaux ont droit, eux aussi, à une vieillesse décente.

 

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A suivre …