Pour l’ »homo civicus » que je fus, le matou des villes est un animal gros et gras qui reste au chaud dans son panier, servi par une domesticité servile. L’exercice n’est pas son fort, il craint l’eau froide, la lutte féroce ne le connaît pas, la chasse aux souris le répugne et l’homme lui a coupé… l’envie de faire l’amour.

Aussi, qu’elle ne fut pas ma surprise de constater que le matou campagnard passe ses journées dans l’herbe quelle que soit la saison, sauf en hiver bien sûr, qu’il reste patiemment assis à contempler un trou dans l’espoir qu’un mulot stupide ou imprudent en sortira, qu’il est prêt à se frotter à ses congénères pour dix grammes de plumes et que l’amour le fait miauler à en mourir.

Un greffier roux, fier comme un président, avait pris l’habitude de traverser la résidence, un oiseau ou un souriceau fraîchement occis dans la gueule. Histoire de nous épater, sans doute. Il recommença son jeu jusqu’à s’en lasser. Alors, il s’assit au pied d’un érable et attendit qu’une mésange ou un moineau lui tombât tout chaud dans l’estomac.

Certains chats, après une vie d’errances champêtres et de liberté savoureuse, ont une bien triste fin. En effet, le canton de Lucerne accepte, en toute illégalité et en grand secret, que les chats errant dans les champs soient tués à coup de fusil puis transformés en couvertures très prisées et fort chères, destinées au marché local et étranger. Il paraîtrait qu’elles sont antirhumatismales, particulièrement chaudes et douces.
Morale de l’histoire, mieux vaut être un gros chat plein de cholestérol, mourir en beauté et finir embaumé comme un riche américain.

***

A suivre …