L’hiver, la neige se révèle souvent d’épaisseur insuffisante, l’attente aux remonte-pentes est longue et les pistes de ski saturées d’assassins potentiels. Alors une mode est née : la marche en raquettes. C’est une pâle imitation de la vie du Grand Nord. Chez nous, chacun peut jouer au trappeur sur des territoires hautement protégés, surveillés et balisés. Le summum du ridicule étant de marcher en raquettes sur des chemins damés qui sont d’ailleurs les mêmes pour les randonneurs hivernaux.

Si vous avez l’idée de vous écarter de ces routes, vous verrez enfin des paysages vierges, des panoramas sublimes et à l’instar de Chateaubriand vous pourrez entendre le silence. Seulement vous prendrez des risques pour vous-mêmes, ce qui relève de votre responsabilité et, bien plus grave, vous risquerez de déranger les animaux usufruitiers de ces lieux. Cela m’est arrivé à Trübsee, haut lieu touristique. En m’écartant des chemins tracés, je me suis trouvée à distance de trois chamois qui, dans un premier temps ne m’ont ni sentie ni vue. Ils étaient beaux et paisibles en train de gratter la neige et chercher leur nourriture.

C’était un viol de domicile et honteuse je suis repartie vers le sentier à touristes. J’ai déchaussé mes raquettes et les ai remisées dans la cave.

Il n’est pas acceptable de pénétrer les sanctuaires de la nature sauvage. Et d’ailleurs, en Suisse certains territoires sont interdits sous peine d’amende.

Toujours au même endroit, mais par un merveilleux lundi d’octobre, je me promenais sous le soleil et dans un silence délicieux. Il faut toujours randonner le lundi : chacun est retourné à ses occupations après les plaisirs du week-end, les restaurants d’altitude sont fermés ; la voie est libre.

Trübsee 2008

Prise d’une soudaine fantaisie, je quitte le sentier et traverse les prés. Alors… au détour d’une bosse, je me trouve nez à nez avec une marmotte adulte, dodue, le poil et l’oeil brillants, fin prête pour son futur hiver. Nous nous regardâmes une seconde, surprises toutes deux, heureuse moi toute seule. Le dernière marmotte de ma saison pédestre siffle et pff !!! S’enfuit dans son terrier. Rendez-vous pris pour l’an prochain.

Une autre rencontre mémorable s’est déroulée dans la même région. C’était au printemps, il y a longtemps.
Nous étions en voiture, sur une route fort pentue, entre deux virages en épingles à cheveux. D’un bond spectaculaire une biche, forte de ses quelques centaines de kilos, a surgi sur la route devant notre capot suivie de plusieurs autres biches et faons. Blocage brutal des freins et, saisis de stupeur nous sommes restés figés. Rapide comme le vent, la troupe a traversé le macadam puis dévalé la montagne. Nous étions des enfants émerveillés qui venaient d’assister à un film féerique. Les biches ont dû avoir, elles aussi, la frayeur de leur vie car plus jamais nous ne les revîmes. Chaque fois que je parcours ce trajet, j’ouvre tout grand les yeux et j’espère… mais rien ne se produit et rien ne se produira sans doute plus. Quel dommage !

Qui donc m’a dit qu’il n’y avait rien à voir près de chez nous ?

 

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A suivre …