» Il dépend de celui qui passe
« Que je sois tombe ou trésor
« Que je parle ou me taise
« Ceci ne tient qu’à toi
« Ami n’entre pas sans désir. » (Paul Valéry)

Il y a une quinzaine d’années, lorsque nous nous sommes installés, la forêt de Langholz était fournie, relativement dense, si bien que la nuit, lorsque la fenêtre de la chambre était ouverte, aucune nuisance humaine n’était audible. Puis, au nom d’une gestion rationnelle, de nombreux arbres furent abattus, en plus de ceux tombés lors de l’ouragan Lothard de 1999. Maintenant, il n’est plus question d’ouvrir la fenêtre car l’éclaircissement du petit bois laisse passer le ronflement ininterrompu de l’autoroute. De nouveaux sentiers ont été tracés augmentant cette transparence et les animaux ont fui, en particulier la famille de chevreuils dont je vous ai parlé.

Et pourtant ces arbres sont beaux, certains se dressent haut dans le ciel, essayant de dominer les autres espèces. Et lorsque les grands vents d’automne soufflent ils ploient et bruissent en un formidable concert naturel. Dans ces moments-là, le raffut infernal de la route disparaît.

Ce petit bois est un véritable trésor pour celui qui sait voir : on peut y cueillir différentes plantes comestibles qui servent de salades ou les agrémentent. Les sureaux noirs, quant à eux, sont bien représentés ; cueillir les fleurs printanières s’est s’assurer des tisanes délicieuses ; en septembre, les baies de sureaux donnent beaucoup de travail mais aussi un résultat inimitable.

Il y a également les églantiers dont les baies récoltées après les premières gelées fournissent un thé absolument exquis et sucré, en rien comparable à ce qui est vendu dans le commerce et qui contient beaucoup trop d’acide citrique. Des houx présentent aux promeneurs des branches chargées de fruits carmin. Je coupe quelques branches décoratives et païennes au moment de Noël.


Les rares jours de grosse chaleur les arbres procurent une ombre odorante tandis que l’humidité de l’automne offre ses parfums multiples et capiteux.
Les arbres tombés sont pour la plupart ramassés et coupés, certains restent en place et servent de niche écologique pour ce qui reste de faune dite sauvage.


Il ne faut pas oublier la mare. Elle est petite et encombrée de lentilles et autres algues. Il y a des iris d’eau et les berges son cernées de mûriers toujours en fleurs et jamais mûrs. Au printemps et au début de l’été elle résonne du chant des crapauds et autre grenouilles. Au crépuscule commence un concert guttural presque lugubre, celui des amours sauvages.La neige devient rare et tombe les jours les plus inattendus, parfois en mars et même début avril. Les grands sapins qui bordent le ru et les prés se parent alors d’un lourd manteau blanc splendide qui évoque les plus beaux contes de notre enfance. Le regard émerveillé nous retrouvons notre enfance et souhaitons que plus rien ne change.
Ces mêmes sapins jouent un rôle important. Les jours de pluie ils servent d’abri, par temps sec les longues branches courbées servent d’observatoires et, enneigées on dirait des bougeoirs ; les vigilants petits rapaces en sont les bougies. Des centaines d’oiseaux logent dans les différents arbres. Des buses variables à la collerette claire, des pigeons ramiers gris argent, des milans noirs, des corneilles tout aussi noires, des mésanges charbonnières, et des pinsons cohabitent. Sans compter ceux que j’oublie et dont j’invoque symboliquement le pardon.

 

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A suivre …