C’était un beau jour de février. Une journée anachronique au parfum indéfinissable, ni d’hiver et pas encore de printemps.

Les buses variables planaient dans le ciel, le soleil brillait sur la route poudrée de neige, en bas de Gubel, le calme et le silence régnaient. C’était la carte postale que l’on aimerait envoyer à ses amis.

Les yeux baissés, je consultai la carte de randonnée lorsque je perçus un léger crissement dans le centimètre de poudreuse qui recouvrait les prés. En relevant la tête ce fut l’émerveillement. Deux chevreuils adultes de belle taille déboulèrent à dix mètres de moi, courants et bondissants comme mus par des ressorts, faisant des sauts impressionnants de hauteur et de puissance. Pétrifiée et n’osant pas même respirer, je les regardai pénétrer entre les sapins. Mais, je n’avais pas remarqué le faon courant à perdre haleine derrière ses parents. Il poussait de petits cris d’appel. Essoufflé et fatigué, il s’arrêta à la lisère du bois. Tournant la tête vers moi, il me fixa intensément puis, comme rassuré par mon immobilité, lança encore quelques petits cris et s’enfonça dans la forêt qui l’engloutit. La famille était réunie.

Combien de temps cela a-t-il duré ? Je ne saurais le dire. Le temps s’est arrêté sur un moment parfait, sur le bonheur sans tache.

« O temps suspends ton vol !Et vous heures propices,
« Suspendez votre cours !
« Laissez-nous savourer les rapides délices
« Des plus beaux de nos jours ! » (Alphonse de Lamartine)

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A suivre …